Faire d’une pierre deux abbayes : Melrose et Dryburgh

par Ophélie
Publié le Edité le 2 commentaires
L'abbaye de Dryburgh, Borders, Ecosse

La région des Borders, dans le sud de l’Ecosse, regorge de trésors architecturaux et historiques et de paysages à couper le souffle. La sortie du jour nous emmène découvrir les abbayes en ruines de Melrose et Dryburgh, ainsi que le superbe panorama du Scott’s View pour terminer la journée en beauté. Sommes toutes, la sortie idéale pour une journée, à environ une heure de route d’Edimbourg.

Les Borders et les abbayes : une histoire d’amour

Il n’y a pas moins de quatre abbayes dans cette région écossaise, très proches les unes des autres : Melrose, Dryburgh, Kelso et Jedburgh. Pour cette fois, Sarah et moi nous sommes concentrées sur les deux premières. Parce que (1) nous ne voulions pas nous presser, (2) en hiver, les visites ferment relativement tôt et (3) les abbayes sont toutes en rénovation. Et elles sont très proches l’une de l’autre.

Pour le moment, les quatre lieux gérés par Historic Scotland sont entourés de barrières en métal et l’accès au public est limité. Impossible de se promener au sein des ruines malheureusement, nous avons dû nous contenter d’en faire le tour. Les deux autres abbayes devront attendre une autre sortie !

Le premier arrêt de la journée : L’abbaye de Melrose

C’est par un souci d’itinéraire que nous nous sommes d’abord arrêtées à Melrose. J’y étais déjà passée pour y déjeuner l’année dernière, après avoir visité la résidence de Sir Walter Scott, Abbotsford, avec mon amie Axelle et sa fille. J’avais trouvé le village très sympa, et Sarah et moi avons pensé que ce serait bien chouette de s’y arrêter déjeuner.

L’abbaye de Melrose fut fondée par David I en 1136 : c’était alors le premier monastère cistercien en Écosse. L’endroit n’était pas choisi au hasard : la proximité avec la rivière Tweed permettait au monastère de vivre en auto-suffisance, idée indispensable de tout monastère qui se respecte. Notons au passage que ce cher David, pour prouver sa piété (mais aussi son pouvoir sur la région, faut pas déconner), a fondé plusieurs édifices dans la région.

Les moines de l’abbaye cistercienne de Rievaulx, dans le North Yorkshire, ont pris leurs baluchons et sont venus s’installer dans cette nouvelle abbaye, abandonnant la météo plus clémente de l’Angleterre pour affronter celle plus indécise d’Ecosse. Si le nom de Rievaulx vous dit quelque chose, c’est normal : j’ai visité cette abbaye quand je vivais à Scarborough et vous en avais parlé dans cet article.

Vous aussi vous voyez les Space Invaders qui se cachent sur cette photo ?

L’histoire de Melrose Abbey

Pour faire bref, le monastère fut utilisé en tant que tel jusqu’en 1590, puis a servi d’église de paroisse avant qu’une autre église soit bâtie en 1810. Non entretenus, les bâtiments se sont donc peu à peu abîmés et il n’en reste aujourd’hui que des ruines. Entre temps, il a subi pas mal d’attaques et a été rafistolé, agrandi, détruit à plusieurs reprises. Le bâtiment principal, reconnaissable avec sa pierre rose, date d’après 1385.

Le site est relativement grand et même si se promener au cœur des ruines de l’abbaye est impossible, il reste quand même des choses à visiter. Notamment les restes du monastère, le cimetière et un petit musée qui retrace l’histoire des lieux, de l’occupation romaine au début du premier millénaire à aujourd’hui.

L’insolite à l’abbaye de Melrose

► Il y a plein de statues à chercher : des démons et Gobelins ou des anges qui jouent de la flûte. Mais la plus célèbre est sans aucun doute… la statue d’un cochon qui joue de la cornemuse !

► Le cœur de Robert the Bruce, roi d’Ecosse devenu héros populaire suite au rôle qu’il a joué dans les guerres d’indépendance de l’Ecosse des XIIIe et XIVe siècles, est enterré dans le cimetière jouxtant l’abbaye. Le reste de sa dépouille est enterré à l’abbaye de Dunfermline, dans le Fife.

► Pour les amateurs de paranormal, il y a quelques QR Codes à scanner pendant la visite pour écouter l’histoire du fantôme du moine qui hante l’abbaye depuis des siècles

Avant de quitter Melrose

Nous nous sommes baladées dans les rues de la ville : il y a plein de petites boutiques indépendantes. Il y a aussi des jardins (Harmony Gardens, Melrose Gardens, Priorwood Garden), le musée de Trimontium et même un vieux moulin. Au printemps, l’endroit est parfait pour récolter de l’ail des ours (ce que j’avais fait l’année d’avant !). 

Direction l’abbaye de Dryburgh, la deuxième étape de cette journée

Si la route s’est révélée très facile entre Édimbourg et Melrose, il nous a fallu affronter des routes d’un tout autre acabit pour rejoindre l’abbaye de Dryburgh. Des routes étroites, qui sillonnent la vallée, avec des passing places et du soleil dans les yeux. Y conduire a été aussi fatigant que merveilleux. Nous n’avons d’ailleurs croisé presque personne – pas étonnant puisque c’était un lundi, non férié et hors vacances scolaires. Là où l’abbaye de Melrose est entourée de la ville, l’abbaye de Dryburgh est au milieu de nulle part. C’est l’endroit idéal pour se ressourcer d’ailleurs, entre nature et ruines.

Cette fois-ci, nous sommes dans un monastère de l’ordre des Prémontrés. C’est un certain Hugh de Morville, propriétaire du terrain, qui invita les moines du Prieuré d’Alnwick, dans le nord de l’Angleterre, à venir s’établir dans le coin. L’abbaye de Dryburgh fut le premier bâtiment de l’ordre des Prémontrés en Écosse – un ordre français, comme le nom l’indique clairement, qui existe depuis 1121. Je n’avais personnellement jamais entendu parlé de cet ordre.

L’abbaye de Dryburgh était beaucoup moins riche que les trois autres abbayes parsemées dans les Borders, les abbayes de Melrose, Kelso et Jedburgh. Ici, les moines vivaient de façon beaucoup plus tranquille, en accord avec leur ordre religieux. Elle n’échappa pourtant pas aux attaques, notamment celle d’Edward II en 1322, qui l’abima pas mal.

Après la réformation protestante de 1560 et la dissolution des monastères, la vie monastique cesse à l’abbaye de Dryburgh. Aujourd’hui, il reste de jolies ruines à visiter.

 

Un mot sur la Réforme protestante et la dissolution des monastères

Dans tous les articles du blog qui parlent d’édifices religieux au Royaume-Uni, j’ai mentionné cet épisode de l’histoire britannique : la dissolution des monastères. J’ai demandé à mon amie Thaïs, passionnée par cette période, d’expliquer en quelques mots ce que c’est.

Au XVIe siècle, Henry VIII était désespéré de ne pas avoir de fils avec sa femme, et voulait donc annuler son mariage et se remarier pour en avoir un. Sa pauvre femme enchaînait les fausses-couches et les bébés mort-nés, et le seul qui survit fut une fille. Le pape refusa sa demande. Henry, qui détestait qu’on lui refuse quoi que ce soit, perdit patience et se proclama à la tête de l’Eglise d’Angleterre – l’Eglise anglaise ne répondait donc plus au pape, mais à Henry VIII.

En parallèle, les coffres du royaume étaient vides et Henry VIII aimait tant le luxe qu’il trouva du côté de l’église une manière de se faire de l’argent. Conseillé par Thomas Cromwell, il mena une guerre contre les hommes d’église peu scrupuleux, qui amassaient des richesses sur le dos des pauvres gens. La couronne fit donc détruire la grande majorité des monastères, abbayes et églises pour « purger » le sol britannique de ces voleurs. Il pouvait ainsi divorcer et se remarier (ce qu’il fera plusieurs fois d’ailleurs), tout en renflouant les coffres du royaume. 

👉  Pour en savoir plus sur quelques édifices religieux qui ont subi la folie de Henry VIII, jetez un œil aux articles sur St Mary’s Abbey à York, Fountains Abbey près de Ripon, Tintern Abbey au Pays de Galles ou encore Rievaulx Abbey près de Scarborough. 

 

L’insolite à l’abbaye de Dryburgh

► Le célèbre écrivain écossais, Sir Walter Scott, mentionné plus haut dans l’article, fut enterré a Dryburgh à sa mort en septembre 1832.

► Les chauves-souris apprécient le coin : trois espèces profitent des arbres anciens pour faire leurs nids !

Le parc autour de l’abbaye de Dryburgh n’est pas des plus laids.

Finir la journée en beauté : pause photos au Scott’s View

Nous avions repéré ce spot alors que nous nous dirigions vers l’abbaye de Dryburgh. Au retour, nous nous y sommes arrêtées et nous avions bien fait : c’était tout simplement sublissime en cette fin de journée. J’avais déjà eu la chance de pouvoir admirer ça en 2019, mais la vue m’a tout autant touchée.

Infos pratiques

★ Les deux sites sont gérés par Historic Scotland. L’entrée de Melrose coûte £3 pour un adulte, celle de Dryburgh est gratuite pendant la restauration. Chaque site propose des toilettes.

Venir en voiture : il y a plusieurs parkings à Melrose, dont un payant situé juste en face de l’abbaye (payable en liquide ou via l’application RingGo). Le parking de l’abbaye de Dryburgh est gratuit.

★ Pour le déjeuner, je vous conseille un arrêt au King’s Arm à Melrose. J’y ai déjà mangé à deux reprises, j’ai beaucoup aimé.

 

J’espère que cette nouvelle sortie dans les Borders vous aura plu.

✏️ Vous êtes plutôt Team Melrose ou Team Dryburgh ?

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2 commentaires

3 kleine grenouilles 14 mars 2022 - 23:11

Comme toujours, tu me donnes envie de venir me balader en Ecosse. Tes photos me font rêver.

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Ophélie 15 mars 2022 - 09:56

Viens vite ! x

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