Quatre ans en Angleterre

par Ophélie G.
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Quatre ans en Angleterre

Le bilan des quatre ans s’est fait attendre – à trois ou quatre mois près, c’est pas la fin du monde. Ces quelques semaines de répit m’ont permis de réfléchir à la question et de penser à ce que ça signifie véritablement pour moi. Quatre ans, un peu plus de mille-quatre-cent-soixante jours. Le chiffre a de quoi donner le vertige.

Retour sur ces quatre dernières années

Le 12 septembre marque pour moi un jour très spécial : celui de mon arrivée sur le sol anglais, prête à affronter ma première année de travail. Parce que mis à part les jobs étudiants (ramasseuse de melons et caissière), je n’avais encore jamais travaillé pour de vrai. Je m’apprêtais aussi à faire de la recherche, pour écrire mon mémoire de Master 2 recherches. Un an à me plonger dans la littérature médiévale, avec comme sources principales des textes des légendes arthuriennes. J’en garde encore un très bon souvenir.

Mais le sujet n’est pas là. Quatre ans en Angleterre : rétrospective.

Quatre ans en Angleterre  

Le 12 septembre 2014 – Stamford

Je me souviens exactement du jour où j’ai posé le pied dans ce qui deviendrait mon chez moi pendant trois ans, à Stamford, à l’extrême sud du Lincolnshire. Une petite ville dont je n’avais jamais entendu parlé, mais qu’il me tardait de découvrir.

Le 12 septembre 2014, il faisait chaud et j’étais arrivée avec deux heures d’avance dans la petite gare de la ville. Il était convenu que mon Mentor de l’école vienne me chercher, alors je suis restée assise deux heures sur le muret. A m’imprégner de l’atmosphère, des jolies maisons en pierre claire. A mes pieds, mon sac-à-dos et mes deux valises. Tout ce dont j’avais besoin pour commencer cette nouvelle vie.

Cette nouvelle vie ne devait être qu’une brève parenthèse, le temps pour moi de terminer mon master recherche et décider de ce que j’allais faire de ma vie.

Quatre ans en Angleterre  

12 septembre 2015 – Stamford

La parenthèse s’est étiolée pour un an supplémentaire, au moins. Je ne suis pas toujours sûre de ce que je veux faire de ma vie, mais je commence à voir clair : ce n’est pas en France que j’envisage de m’épanouir. Ma vie, la vraie, celle que je veux me construire, c’est en Angleterre que j’en vois les couleurs. La France me paraît de plus en plus floue, perd ses couleurs.

Au début de 2016, je décroche un second emploi qui permet d’éclaircir mes idées de carrière. Je serai prof, c’est décidé ! Ces quelques mois m’aident à y voir encore plus clair. A cheval entre ados et adultes, les premiers l’emportent : je veux enseigner en collège-lycée.

Mon été se pare de mille éclats lorsqu’on me propose de rester en Angleterre pendant l’été, comme presque au-pair. Je ne pensais pas que la vie à la campagne me plairait autant et pourtant, c’est le cas. L’idée de devoir retrouver la coloc en septembre me fait peur, après deux mois d’autonomie presque complète. Heureusement, la famille chez qui je vis me propose de rester chez eux pendant l’année. De nouveau, j’ai l’impression que tout se met en place.

Quatre ans en Angleterre  

12 septembre 2016 – Ketton

L’idée de rester en Angleterre qui me trotte dans la tête depuis quelques mois a fini par germer et je m’apprête à postuler pour faire un PGCE. De longs mois de paperasse à foison, de préparation morale à ce qui m’attend. Je raconte ce parcours du combattant pour rentrer à la fac anglaise et préparer ce diplôme qui me fait de l’oeil.

Cette année de transition me fait autant de mal que de bien. Je suis partagée entre mes deux emplois et les personnes que je rencontre, les sorties, les découvertes. Une rencontre en début d’année, une séparation en été – ça me permet de quitter Stamford sans un regard en arrière, presque avec soulagement. La tête haute et quelques larmes au coin des yeux.

Parce que quand même, trois ans, ce n’est pas rien dans une vie.

Quatre ans en Angleterre  

12 septembre 2017 – York

C’est le jour où je récupère les clés de mon nouvel appart, à York. Coïncidence ? Je ne crois pas.

Trois ans après avoir débarqué dans ma jolie ville de Stamford, je m’apprête à repartir de zéro, bien plus au nord, toujours en Angleterre. L’année la plus challenging de toute mon existence (du moins, je le croyais alors), ne va pas tarder à commencer. Celle de mon PGCE et du mélange de sentiments qui l’accompagne. Frustration, gratitude, solitude, épanouissement.Une année riche en émotions, qui me laissera épuisée, mais heureuse.

Une année à York pendant laquelle je rencontre des dizaines de personnes, ne fréquente jamais les mêmes bars. Aventures, découvertes, escapades et balades ponctuent mes weekends, quand je résiste à la tentation d’aller bosser à la fac le dimanche. Une année difficile, mais dont les enjeux en valaient la peine.

Quatre ans en Angleterre  

12 septembre 2018 – Scarborough

L’année la plus challenging de toute mon existence, la vraie cette fois, commence à peine. Celle de mon année de Newly Qualified Teacher, tant redoutée après la longue année de PGCE. Mon premier emploi à temps plein, avec les responsabilités qu’il implique. A 28 ans, il serait temps me direz-vous.

Nouvel appart, nouvelle voiture, nouvel environnement, nouvelle ville. Tant de nouveautés qui me laissent fatiguée, quelque peu déprimée en ce début d’année scolaire. Mais une déprime passagère vite balayée, vite étouffée sous la quantité de travail que je dois gérer au quotidien. Il n’y a pas à dire, rien que le travail pour oublier ses soucis.

Un équilibre inexistant entre vie professionnelle et vie personnelle, que je me décide à améliorer pour l’année qui commence. Une profonde envie d’apprécier mon quotidien.

 

Quatre ans d’escapades et de roadtrips

Les deux premières années, avec un emploi de 12h par semaine, malgré mon mémoire de recherche à écrire, j’avais quand même beaucoup, beaucoup de temps libre. Chaque weekend, je partais avec mes colocs à la découverte d’une ville en Angleterre. Aujourd’hui, je peux l’affirmer : j’ai davantage vu de villes anglais que de villes françaises ! Parmi mes préférées : Cambridge, Brighton, Dartmouth, Bibury, Nottingham.

 

Une première visite à Cambridge

Cambridge

Bons baisers de Brighton

Brighton

Mes 5 villes préférées en Angleterre

Dartmouth

 

Oxford

Oxford

Cottages, Bibury

Bibury

Une petite parenthèse à Nottingham

Nottingham

Ces quatre dernières années, les voyages en Ecosse se sont multipliés. J’avais la chance d’avoir une amie vivant sur Édimbourg, ce qui me faisait une bonne base de départ. Aujourd’hui, je connais la ville presque sur le bout des doigts. Mais récemment, j’ai élargi mes horizons et je suis sortie de ma zone de confort, pour partir à l’aventure sur les routes écossaises. Quel plaisir ! Le plus chouette ? Je repars sur les routes pour le weekend de Pâques !

Ce qui me rend heureuse, c’est de m’être découvert une certaine passion pour les grands espaces en plein air et la randonnée. Ou la marche longue durée, je ne sais pas trop. Toujours est-il que j’ai eu la chance de pouvoir marcher, me balader dans de superbes paysages. A Oslo, en Norvège, dans le sud du Pays de Galles, dans les parcs nationaux/régionaux anglais. Chaque rando prévue me rend folle de bonheur !

Je ne suis plus celle que j’étais il y a quatre ans

Logique. C’est pourtant tellement étrange d’y réfléchir et de choisir les mots à poser sur ce constat.

Je suis arrivée en Angleterre, je venais d’avoir vingt-quatre ans. Trois ans après mon année Erasmus à Glasgow et mes mésaventures, j’appréhendais. Et pourtant, en sortant de la gare à Stamford, j’ai su que j’avais pris la bonne décision. Plus rien ne me retenait en France, du moins en cet instant. Repartir a été la première meilleure décision que j’ai pu prendre. Rester a été la seconde.

J’ai mûri en quatre ans. Je ne suis plus cette jeune femme un peu trop rêveuse et déprimée. Il s’est passé bien trop de choses ces quatre dernières années pour rester la même personne. Devenir adulte, et se rendre compte que c’est ce qu’on devient, ça fait tout drôle. Poser des mots sur ce que l’on est aussi.

Quelques difficultés quand même

Depuis que j’ai quitté Stamford pourtant, il m’arrive parfois de regretter. Regretter le quotidien que j’avais là-bas, mes amis, mes habitudes. Mais jamais le fait d’avoir quitté la France, mon pays natal. Non, jamais.

Aujourd’hui encore, quelques mois après le déménagement, je me cache derrière le travail que j’ai à faire. Pour ne pas affronter le monde extérieur, rencontrer de nouvelles personnes, faire face à de nouvelles déceptions. Je m’enfonce dans le travail comme à une bouée de sauvetage, en attendant d’avoir le courage d’affronter le reste. Et ça me convient parfaitement. Pourtant, il m’arrive aussi d’être très nostalgique. Ma famille me manque, mes amis me manquent. Un appel, un message, ce n’est rien face à une discussion de vive voix.

Il y a aussi toutes ces choses à côté desquelles on passe. J’en avais parlé il y a quelques années sur le blog, quand j’avais loupé les dix ans de ma cousine chérie. Elle va en avoir treize, et c’est toujours aussi douloureux. Les anniversaires, les événements marquants, les petites choses plus anodines. Je n’arrive pas à me défaire du sentiment que je passe à côté de choses importantes. Mais c’est mon choix et je l’assume pleinement.

Retrouver une vie sociale, c’est fatigant. Et parfois, je ne sais pas tellement si ça en vaut vraiment la peine. Je ne compte pas faire ma vie à Scarborough, alors est-ce que ça vaut le coup ? Ne serait-ce pas s’ouvrir à de nouvelles déceptions justement ?

Je ne suis plus cette expatriée avide de découvertes, toujours sur les routes, à découvrir de nouvelles villes et de nouveaux paysages. Cette phase m’est passée et je suis aujourd’hui posée. J’ai une voiture, un appart, un emploi à plein temps. Mes journées s’organisent, bien malgré moi, autour de mon travail. Je me répète, mais il a une place si importante dans mon quotidien qu’il m’est difficile de faire autrement. Mais c’est un de mes objectifs pour cette année, travailler moins, mais mieux. Privilégier la qualité à la quantité, si vous voulez.

Et la suite ?

Je ne suis pas de ces gens qui sont capables de dire où ils seront dans cinq ans. Impossible de voir sur du si long terme. Tout ce que je sais à l’heure actuelle, c’est que je vais rock cette année de NQT, puis celle de RQT et qu’après je verrai bien. Je n’ai pas envie de me prendre la tête là-dessus. Pour le moment, je suis bien où je suis, et j’ai envie de faire un bout de chemin à Scarborough et dans cette merveilleuse école où je travaille.


J’espère ne pas vous avoir trop ennuyé avec ce long bilan de mes quatre ans en Angleterre. Mais je devais de m’épancher un peu, pour palier au manque de contenu de ces derniers temps. Une belle semaine à vous ! ♥

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16 commentaires

tania 9 janvier 2019 - 18:21

très contente de lire cde bilan
que de changements pr toi
je suis admirative
savoir que son quotidien n es tplus en France
pr moi la sédentaire qui a toujours vécu en France c est vraiment tout un concept cette vie à l étranger
pas sûre que la connaisse un jour
lool
oui je suis bien plus vieille que toi
bonne route à toi et au plaisir de te rencontrer pt être un jour en Angleterre maintenant que j y ai mis un pied looooooooooooooool

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Ophélie G. 9 janvier 2019 - 18:36

L’âge, c’est dans la tête ! Je te vois pourtant tellement tout claquer et aller vivre au Brésil ! 😀
Merci pour tes petits mots, et j’espère vraiment te rencontrer, en Angleterre ou ailleurs ! Tu es la bienvenue quand tu veux ! xx

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Miryam - Nuage Nomade 9 janvier 2019 - 18:30

C’est fou ce bilan des 4 ans …
Bravo à toi Ophélie ! Que de chemin parcouru.
C’est amusant, parce que je me suis pas mal retrouvée dans ce que tu dis. Comme ta vision de la France, le fait qu’on ne voit pas/plus son avenir là-bas, les événements que l’on manque, la famille qui te manque. C’est douloureux, on s’endurci on grandit à vitesse grand V, mais on apprend à vivre avec de loin …

En tout cas, je suis toujours heureuse de te lire.
Des bisous

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Ophélie G. 9 janvier 2019 - 18:38

Merci ma jolie Miryam ! Quatre ans, ça me paraît dingue quand j’y repense. Je suis tellement différente de la nana de 24 ans qui posait ses valises à Stamford que ça me donne un peu le vertige. Toutes ces expériences, ces opportunités que la vie à l’étranger m’a offert. Aucun regret !
Plein de bisous. xx

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Clem 9 janvier 2019 - 19:16

Bon expat’ anniversaire avec un peu de retard alors ! J’ai aimé lire ton bilan Ophélie. Comme Miryam je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis. Je ne vois pas, ou plus, non plus mon avenir en France depuis que j’ai mis les pieds à Leicester il y a deux ans et demi (et cette idée a été renforcée depuis que je suis avec mon anglais…), j’ai le cœur lourd de manquer des évènements importants en France (mon papa a eu des problèmes de santé et ça m’a déchiré le cœur de ne pas être présente pour lui à ce moment là). Où est-ce que tu te vois faire ta vie alors, si ce n’est pas à Scarborough?

Comme d’habitude j’adore quand tu mentionnes tes escapades, tu me donnes envie d’en faire moi aussi! J’aimerai beaucoup retourner à Oxford et Cambridge que j’avais adoré, et York, Brighton et le pays de Galles sont sur ma liste de « places to see ». Avec l’amoureux on va aller passer une semaine en Écosse au mois de septembre et j’ai vraiment hâte ! Je tâte aussi l’idée d’un voyage en solo en Espagne mais je ne sais pas si j’aurai le courage de le faire.

Bon courage pour ta fin d’année de NQT et ton année de RQT. Lorsque nous nous verrons (en 2019 j’espère !) j’aurai plein de questions à te poser sur ton métier haha!

Des bisous xx

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Ophélie G. 10 janvier 2019 - 16:46

Merci Clem ! C’est chouette de voir que d’autres expats ressentent la même chose que toi ! Je suis vraiment désolé d’apprendre que ton papa a eu des problèmes de santé, j’espère qu’il va mieux ! ♥
J’aimerais beaucoup aller vivre en Ecosse, près d’Edimbourg ou dans les Highlands ! Ce serait vraiment un rêve.
Ce serait bien qu’on se voit cette année !! Peut-être pendant un weekend ou des vacances ?? J’attends tes questions avec impatience en tout cas. ♥
L’Ecosse en septembre, c’est le bon plan car il y aura beaucoup moins de touriste ! Vous savez où vous allez aller ? Fais ton voyage en Espagne ! N’hésite surtout pas !
Plein de bisous. xx

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Marie 10 janvier 2019 - 07:56

Un beau bilan ! On voit que malgré les difficultés le positif est là, on te sent fourmiller de projets, bien à ta place. Bref, je ne te souhaite que le meilleur pour la suite et je ne doute pas que tu vas relever haut la main les nouveaux défis que la vie a mis sur ton chemin !

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Ophélie G. 10 janvier 2019 - 16:52

Merci beaucoup à Marie ! Ca me fait très plaisir ce que tu dis là. Une belle année à toi ! ♥ xx

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lewerentz 13 janvier 2019 - 10:27

Tu m’as l’air assez en mode « réminiscences », ces temps 😉 Un plaisir de te lire, de voir comme tu te sens bien en Angleterre. Les paysages pour la rando – le rêve ! Bonne continuation !
(on avait dit qu’on passe au tu, il me semble…;-)

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Ophélie G. 13 janvier 2019 - 17:53

(Oui pour le tu !)
Il y a des hauts et des bas, mais je crois que c’est la vie – en Angleterre ou ailleurs ! Ma vie ici me plaît vraiment beaucoup, et même si j’ai tardé à écrire ce bilan des 4 ans (alors que d’habitude, je le fais religieusement en septembre), j’ai adoré le faire ! xx

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Mariion2404 13 janvier 2019 - 15:11

Jolie rétrospective de tes 4ans en Angleterre. Pour moi le point positif c’est que grâce à ton blog, tu nous fais découvrir de jolies choses sur la vie en Angleterre. Je vais certainement passer une semaine à Londres en février ou en avril et je vais faire des excursions dans des villes plus petites pour découvrir un peu les jolies découvertes que tu me fais faire !

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Ophélie G. 13 janvier 2019 - 18:04

Merci Marion ! Oh, j’espère que tu nous raconteras ça sur ton blog ! Tu sais déjà quelles villes tu vas visiter ?? xx

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Aurélie 14 janvier 2019 - 22:02

Joyeux anniversaire d’expatriation alors ! J’ai bien aimé lire ce bilan ; tu dis que tu as changé en 4 ans, c’est normal, et on ressent ce changement je trouve. Pour cette nouvelle année anglaise je te souhaite de continuer à trouver ton équilibre entre vie pro / vie perso… et tout plein de belles randos 😉

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Ophélie G. 15 janvier 2019 - 16:49

Merci Aurélie !
C’est marrant que tu dises que ça se ressente, je me posais la question quand je rédigeais l’article..
Une belle année à toi ! xx

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Elia 3 février 2019 - 20:53

J’ai lu ton article d’une traite. Je découvre ton blog par la fin, mais je dois dire que j’aime beaucoup ta façon d’écrire. Ton bilan est très humain, oscillant entre pleins d’émotions, par forcément toujours joyeuses. Ça fait du bien de lire un article pas complètement édulcoré, c’est ça aussi la vie d’expat’. Du coup je vais un peu revenir en arrière afin de découvrir des articles plus anciens 🙂 Je te souhaite une belle année !

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Ophélie G. 5 février 2019 - 17:14

Merci beaucoup Elia, ça fait super plaisir de lire ce genre de commentaires ! Une belle année à toi et j’espère que les autres articles du blog te parleront tout autant. 🙂 xx

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