Changer de vie pendant une pandémie : comment ça s’est passé pour moi ?

par Ophélie G.
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Changer de vie pendant une pandémie

Le 23 juillet, j’ai fêté un an de vie en Écosse. Je n’ai pas oublié, mais le blog se refaisait une beauté ce jour-là. En 365 jours, ma vie a pris un virage à 180°. Changement de pays d’immigration et changement de carrière professionnelle. So far, so good. Mais en pleine pandémie, tout n’a pas forcément été évident. Heureusement, je n’ai pas fait ça toute seule puisque j’ai embarqué une de mes meilleures amies dans l’aventure, Sarah, dont le prénom revient souvent sur le blog. Préparez-vous un thé, cet édito est long, très long. J’ai une excuse : changer de vie pendant une pandémie, c’est un peu plus spicy qu’en temps normal !

Prendre la décision de changer de vie sur un coup de tête

J’ai déposé ma resignation letter, ma lettre de démission à l’école début octobre 2019. Soit quelques semaines après la rentrée scolaire. A ce moment-là, je détestais mon quotidien. Je ne pouvais plus voir Scarborough en peinture, je m’y m’ennuyais ferme : il n’y avait rien à faire et je n’y connaissais pas grand monde. Je détestais aussi mon boulot de prof, qui me bouffait le moral et faisait traîner mes journées en longueur. Alors j’ai pris la meilleure décision de ma vie, un mois à peine après la rentrée scolaire : partir pour repartir de zéro. Arrêter d’être prof et de me lever pour un boulot que je n’aimais pas.

Démissionner a été d’une évidence sans précédent et je ne saurais pas mettre de mots sur la saveur que ça a eu de remettre l’enveloppe qui contenait ma lettre de démission à la secrétaire du directeur de l’école. La destination de ce changement de vie était vue d’avance. Edimbourg s’est présentée comme le choix le plus logique, sans aucune réflexion préalable. Je rêvais de vivre dans la capitale écossaise depuis des années, et j’avais prévu d’y emménager un jour ou l’autre. C’est arrivé plus vite que prévu. En octobre 2019, rien ne laissait présager qu’une pandémie s’installerait dans le monde. Et pourtant. 

J’avais un décompte dans mon Bullet Journal et avant d’aller dormir, je cochais une des cases avec satisfaction. Chaque jour me rapprochait de celui où je passerais les portes de l’école pour la dernière fois.

Dans ma tête, le chemin était tout tracé : arrêter d’enseigner fin juillet 2020, commencer la recherche d’un appartement pendant l’été, refaire mon CV et faire la liste des emplois que je pourrais potentiellement apprécier dans la volée. Dans l’idéal, je voulais déménager fin août, début septembre 2020. Mes économies me le permettraient aisément. 

Et puis, le Covid est arrivé et a tout précipité.

Je fais partie des gens extrêmement chanceux car je n’ai pas été financièrement impactée par la pandémie. Lorsque Boris Johnson a annoncé la fermeture des écoles le 23 mars, j’étais même enchantée. Bien évidemment, mes propos ne sont pas à sortir de leur contexte – j’aurais bien sûr préféré que le virus se tienne à l’écart et ne vienne pas nous pourrir la vie. Mais j’étais à un stade de ma vie où j’avais besoin de me rattacher à tout ce qui pouvait être positif et à l’époque, ne plus avoir à aller à l’école était le meilleur truc qui pouvait m’arriver. Je continuais donc d’être payée normalement, sans avoir aller à l’école. Comme tout le monde, je ne pouvais pas sortir de chez moi – la liberté avait un prix, mais je n’étais pas mécontente de le payer. 

Pour la première fois depuis mes débuts dans l’enseignement, j’avais du temps libre. On l’oublie aisément mais dans le tourbillon du quotidien, le temps est une denrée rare qu’il faut savoir apprécier. Et apprécier, je l’ai fait. Mais une fois les premières semaines de chômage technique passées, j’ai pu me poser tranquillement et faire la liste de toutes ces choses à faire en amont du déménagement.

Ma liste n’était pas bien longue : (1) préparer le déménagement, (2) trouver un appartement, (3) déménager et (4) trouver un boulot. Easy peasy!

(1) Préparer le déménagement 

Parmi la liste des choses à faire pré-déménagement, j’avais tout un tas de trucs plus chiants les uns que les autres :

★ Établir le budget. Sarah et moi avons passé des heures au téléphone à établir la liste de toutes les dépenses que le déménagement allait engendrer. Sans grande surprise, le budget a vraiment évolué au fil des mois, pour s’affiner à quelques semaines du départ. 

★ J’ai fait du tri, beaucoup de tri. C’est fou tout ce qu’on peut accumuler en quelques années (#plusjamais). J’ai Marie-Kondotisé mon appartement en triant bien soigneusement les choses à garder, les choses à jeter et les choses à vendre et à donner. Malheureusement, les charity shops, ces boutiques de seconde main que les dons font vivre n’acceptaient plus les dons pendant la pandémie. Trop risqué, il a donc fallu que je me tourne vers les amis, les connaissances, les collègues et bien sûr, les plates-formes de vente et dons en ligne. 

★ Marketplace et Vinted ont été de bons alliés pour gagner de l’argent, tout en me débarrassant de certaines choses. Bien entendu, j’ai attendu la fin du confinement pour m’y mettre. L’avantage de donner en mains propres, c’est qu’il est tout à fait possible de respecter distances sociales, port du masque et rencontre en extérieur. Après tout, nous étions au printemps et il faisait une chaleur à crever.

★ Vendre mes meubles a été plus compliqué et j’ai attendu le dernier moment. Seules deux personnes sont entrées chez moi pour récupérer la machine à laver, je n’avais pas d’autre choix. La rencontre a été suivie d’une longue période de ménage et désinfection de mon appartement et de la cage d’escalier. 

★ Il m’a aussi fallu aider Sarah à déménager ses affaires de chez elle à chez moi, pour que ce soit plus simple de bouger à Edimbourg. Nous avons attendu la fin du confinement et un semblant de retour à la normale pour nous y coller mais ça n’a pas été évident. Heureusement, nous avons pu compter sur un couple d’amis. 

(2) Trouver un appartement 

Je tenais vraiment à passer par une agence immobilière. Pour éviter les problèmes comme à Glasgow, mais aussi parce que c’est beaucoup plus simple quand il s’agit de l’entretien sur le long-terme (aka, les agents immobiliers gèrent tous les problèmes). Bonne surprise : en Ecosse, il n’y a aucun frais d’agence, contrairement à l’Angleterre ! Nous avons écumé les sites Rightmove et Zoopla à la recherche de notre nouveau chez-nous, c’était pénible.

Notre situation n’était pas idéale dans le sens où nos contrats de travail se terminaient en août 2020, sans promesse d’embauche par la suite. Le contexte économique du moment ne facilitait pas tellement la recherche d’emploi. Ça risquait de poser problème aux propriétaires, ce qui semble logique. Nous avions des économies, mais pas suffisamment pour avancer six mois de loyer, comme c’est parfois demandé au Royaume-Uni, faute de revenus réguliers ou de contrat de travail. Bref, ça ne s’annonçait pas spécialement facile mais en quelques semaines, et après des dizaines d’e-mails envoyés, nous avons finalement déniché la perle rare. Un appartement qui cochait presque toutes les cases (il n’y a pas de fenêtre dans la salle de bain) et qui rentrait totalement dans notre budget. 

Visiter l’appartement n’a pas été un souci non plus. Là encore, la pandémie a probablement joué en notre faveur car les visites se faisaient uniquement via vidéo préenregistrées par les agences immobilières : impossible de se rendre sur place. Ça nous a évité pas mal de déplacements entre Scarborough et Edimbourg.

Bref, fin juin nous avons envoyé les papiers signés et payé la caution. Le 10 juillet, nous avons fait un aller-retour à Edimbourg pour récupérer les clés de l’appartement, arpenter un Royal Mile absolument désert, déposé quelques cartons (vraisemblablement remplis au hasard vu leur contenu) et fait un peu de ménage (c’était propre, mais nous sommes maniaques).

(3) Déménager ou l’enfer des cartons

Un déménagement, c’est toujours marrant. Au départ, on est bien organisé et motivés à ce que les cartons soient ordonnés. Puis au fil des rouleaux de scotch, on en a marre et c’est Tchernobyl. Les chaussettes servent de cales pour les verres et les tasses, les trucs fragiles se retrouvent emballés dans des serviettes, les pyjamas finissent en boules dans les casseroles. Les cartons « cuisine » contiennent autant de vaisselles que de livres et de bibelots. C’est fun quand tu déballes tout ça. Ça ponctue le désemballage de hourra ! épiques quand tu retrouves ta brosse à dents dissimulée dans des moufles (j’exagère mais vous comprenez l’idée).

Nous avions décidé de faire appel à des déménageurs pros pour le plus gros, car ça rentrait dans notre budget. Ce qui explique aussi le coup des fringues dans à peu près tous les cartons : nous étions limitées en poids/espace. Nous avons choisi de passer par Any Van : peu onéreux et avec de bonnes reviews sur le net. Pour toutes nos affaires et nos meubles nous nous en sommes tirées à moins de £600 à deux. Un budget, certes, mais c’était tellement plus simple.

Les gars sont arrivés en début de matinée et se sont chargés de remplir le camion. Covid oblige, Sarah et moi devions nous tenir à distance pendant qu’ils s’activaient. Ça nous a permis de finir le ménage. Ma voiture avait déjà été chargée tôt le matin. Quand ils sont partis, nous sommes parties peu après car il fallait impérativement que nous arrivions avant eux.

Quatre heures de route (et des dizaines de snacks absolument pas healthy engloutis) plus tard, nous sommes arrivées dans notre nouveau chez-nous. Le camion de déménagement est arrivé une heure après nous. Les deux gars ont déchargé le camion pendant que nous les regardions en essayant de ne pas rester dans leurs pattes.

Un dernier aller-retour à Scarborough (8h de route après des mois sans conduire, ça a piqué), nous sommes retournées à Scarborough une dernière fois pour rendre les clés à mes adorables propriétaires. Puis nous sommes parties, sans un regard en arrière

Changer de vie pendant une pandémie
L’outil indispensable pour déménager !
Changer de vie pendant une pandémie
Toute une vie rangée dans des cartons…
Changer de vie pendant une pandémie
On s’y met… après une pinte de cidre !
Changer de vie pendant une pandémie
Juillet 2020 / Juillet 2021

(4) Trouver un boulot

Après des mois enfermée à la maison, je n’avais qu’une idée : profiter de l’Ecosse (en respectant les restrictions sanitaires, bien évidemment). Avec Sarah, nous nous étions mises d’accord : pas de recherche d’emploi avant la deuxième quinzaine d’août, histoire de souffler un peu. Nous voulions aussi que l’appartement ressemble à quelque chose avant de nous lancer dans des démarches chiantes (procrastination quand tu nous tiens).

Personnellement, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. Je savais juste que j’avais assez d’économies pour tenir quelques mois, mais que je ne voulais pas trop traîner non plus. Mon amie Camille m’a parlé de son travail, Support Worker. Je me suis dit « pourquoi pas ? » 

Pour la faire courte, ça s’est joué très rapidement : en moins d’un mois, j’avais envoyé un tas de CVs, passé un entretien, reçu une offre d’emploi, complété une formation et commencé à travailler. 

Quelques jours après moi, Sarah décrochait elle aussi un poste dans un secteur complètement différent du mien. Il ne nous aura fallu que quelques semaines pour trouver du travail, en pleine pandémie. Comme quoi.

Avec du recul, je me dis que j’ai pris la meilleure décision du monde. Quitter un emploi stable pour déménager dans une nouvelle ville, sans promesse d’emploi et en pleine pandémie était un pari complètement fou. Pari que j’ai remporté. Aujourd’hui, tout va pour le mieux. Je ne cesse de m’émerveiller au quotidien, dans ma vie personnelle et professionnelle. J’ai trouvé un équilibre, peut-être pas encore tout à fait optimal mais c’est un début très prometteur.

Depuis que cet emménagement à Edimbourg, il s’est passé un millier de choses. J’ai quitté ma boîte pour me lancer à mon compte, toujours dans le social care, j’ai obtenu mon settled status qui me permet de rester au Royaume-Uni indéfiniment, j’ai rencontré un tas de personnes formidables. J’ai exploré l’Ecosse, j’ai fait du camping sauvage, de la randonnée, du canyoning. J’ai mangé dans un tas de restaus, découvert toujours plus de cafés. J’ai bu de l’Irn-Bru et goûté des Scottish tablets. J’ai fêté la Burns Night et cuisiné du haggis avec des neeps and tatties, et de la sauce au whisky aussi. J’ai appris quelques expressions écossaises qui me viennent naturellement maintenant.

Bref, je me suis intégrée dans mon nouveau pays. C’est un sentiment que j’avais fini par oublier à Scarborough. Vous l’aurez compris, les années à venir s’annoncent plutôt chouettes !


Cette semaine, en vrac et en images

Bravo à vous si vous êtes arrivé jusqu’ici en un seul morceau ! A Edimbourg, la vie continue son cours.  Comme d’habitude, j’ai bossé, mais j’ai aussi profité d’un après-midi à Portobello avec Camille, à boire un café à Miro’s et à déguster un délicieux salted caramel brownie, avant de faire une balade sur la plage et de s’éclater comme des gamines dans les arcades, puis d’une balade matinale dans Leith en amoureux, quelques emplettes dans New Town pour une de mes clientes. Et de l’art de rue aussi ! De quoi alimenter mon article sur le street art à Edimbourg.

Un phare à Leith
Les ENORMES chardons de St Andrew Square
Errances sur George Street, dans New Town
Changer de vie pendant une pandémie
Passion Street Art #1
Changer de vie pendant une pandémie
Passion Street Art #2
Changer de vie pendant une pandémie
Passion Street Art #3

✏️ Des questions par rapport à ce changement de vie ? Les commentaires sont là pour ça !

Un bon week-end à vous ! ♥

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10 commentaires

3 kleine grenouilles 20 août 2021 - 21:44

J’avais suivi tes aventures mais cela fait vraiment plaisir de te lire, de voir ton épanouissement ! Alors, je te souhaite plein de bonnes choses dans cette jolie Ecosse que tu nous fais découvrir.

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Ophélie G. 21 août 2021 - 10:41

Tes mots me touchent beaucoup Catherine. ♥ Merci d’être fidèle à mes petites aventures en terres écossaises ! x

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Marie 21 août 2021 - 18:58

Je vois que tu as trouvé le street-art whisky! Heureuse de voir que tu profites bien de cet fin d’été 😉

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Ophélie G. 23 août 2021 - 16:35

Je l’ai trouvé quelques jours après ton passage ! 😀 xx

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Elia 22 août 2021 - 16:06

Il me semble que je te l’avais déjà dit mais je suis toujours admirative des personnes qui prennent leur destin en main. Trop souvent je vois des gens malheureux dans leur couple, leur boulot, leur vie en général, se morfondre pendant parfois des années mais ne rien essayer de faire pour changer leur situation. Alors bravo à toi d’avoir pris une décision si radicale et courageuse ! J’ai la conviction que la chance sourit aux audacieux, alors je n’ai aucun doute qu’un avenir plein d’opportunité est devant toi 😉 PS : J’ai tout lu, j’ai le droit à une médaille ?

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Ophélie G. 23 août 2021 - 16:36

Un grand merci Elia !
Une médaille, non, mais si tu m’envoies ton adresse (par email ou sur Instagram), je t’enverrai quelque chose ! 😀 xx

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Lolli 25 août 2021 - 15:15

Je te trouve très courageuse, tu n’as pas hésité avant de changer ta vie pour une vie plus épanouie. Bravo ! Tes articles montrent que tu te sens bien à Édimbourg, je suis contente pour toi

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Ophélie G. 27 août 2021 - 10:39

Je suis contente que le contenu du blog laisse transparaître mon bonheur de vivre à Edimbourg. Merci à toi d’être toujours présente pour mes aventures ! x

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September Lullaby 2 septembre 2021 - 15:38

Coucou ! Je suis vraiment contente pour toi 🙂 J’ai tellement envie de quitter le monde du corporate pour faire quelque chose qui a plus de sens à mes yeux … Je suis vraiment impressionnée et inspirée par les personnes qui comme toi, ont tout lâché et réussissent dans leur réorientation professionnelle 🙂 Je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite 🙂

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Ophélie G. 4 septembre 2021 - 11:23

Merci beaucoup ! Rien ne te retient, lance-toi ! C’est con mais la vie est trop courte pour ne pas aimer le truc pour lequel tu te lèves cinq jours sur sept. 🙂 x

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