Une histoire de chats au Royaume-Uni

par Ophélie G.
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Une histoire de chats au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, je suis ce qu’on appelle une cat person. Ce veut dire que je préfère les chats aux chiens. En plus d’adorer les chats, je suis très curieuse. Une chose en entraînant une autre, je me suis retrouvée à lire des articles sur les chats au Royaume-Uni. Notamment après avoir fait des recherches sur le Cat Trail de York. Aujourd’hui donc, je vous parle de nos amis félins ! 

Cet article a été écrit à six mains. Ma sœur et sa chérie se sont prises au jeu des recherches et ont puisé dans leurs vieux livres d’histoire pour dénicher quelques anecdotes sur les félins au Royaume-Uni – pour mon plus grand plaisir !

Le chat, entre légende, histoire et superstition

Le chat a toujours été un chouette sujet de recherche pour les historiens. Parce que selon les époques, les pays et les continents, les chats ont toujours eu une certaine place dans l’opinion publique. Ils étaient adorés et vénérés par les Égyptiens de l’Antiquité mais fuis et détestés en Europe au Moyen-Âge car vecteur de la peste, les chats restent encore entourés de superstitions aujourd’hui. Sans grande surprise, c’est le chat noir qui prend plus cher que les autres. (Certaines choses ne changeront jamais visiblement).

Véritable incarnation du diable chez les Occidentaux dès le Moyen-Âge, le chat noir se voit attribuer des pouvoirs magiques. En 1233 le pape Grégoire XI fait publier une bulle pontificale, intitulée Vox In Roma. Sont alors définis tous les rites hérétiques et secrets et de ce fait, les chats noirs sont déclarés responsables de bien des malheurs. Avec l’arrivée des chasses aux sorcières à la fin du Moyen-Âge, pas mal de manuels sont édités tel que le manuel inquisitorial Malleus Maleficarum. Dans ce dernier, on affirme que les sorcières se transforment en chat noir pour se déplacer et être perfides…

Le paradoxe France / Royaume-Uni

C’est bien connu, le chat noir est sans nul doute le chat le plus détesté par les Français. Napoléon remettait même la défaite de Waterloo sur le compte d’un chat noir, aperçu sur le champ de bataille la veille. Tant qu’à faire.

Et pourtant, au Royaume-Uni, c’est complètement le contraire, les chats noirs sont porteurs de chance ! Le roi Charles Ier d’Angleterre, par exemple, chérissait son petit chaton noir. Il lui vouait un véritable culte, pensant que ce chat lui apportait protection et succès. Malheureusement, son chat tomba malade et mourut sans crier gare. Vous l’aurez deviné, le lendemain, Charles Ier fut capturé puis emprisonné avant d’être condamné à mort ! Alors que si son chat n’était pas mort… Bref, au Royaume-Uni, les chats, ça porte chance !

Le chat, l’arme secrète des Anglais pendant la guerre

Ceci étant dit, les chats étaient bien plus utiles qu’on ne le pensait. En effet, les armées anglaises avaient très tôt compris que les chats chassaient les rongeurs (no shit Sherlock). Du coup, histoire de se débarrasser des nuisibles sans avoir à débourser un sou, de véritables bataillons de chats furent alors créés et installés au sein de corderies (ces ateliers où étaient fabriquées les cordes). Les chats mangeaient donc les souris, les empêchant elles-mêmes de grignoter les cordages. Plutôt pratique, non ?

C’est ainsi qu’en octobre 1415, l’armée anglaise gagna une bataille face à l’armée française ! Cette bataille décisive se joua autour des archers. Les cordes des archers français étaient grignotées, empêchant l’utilisation de leurs arcs. Alors que s’ils avaient mis à profit ces chats qu’ils détestaient tant…

Ainsi, du XVIIIe au XXe siècle, les Britanniques embarquaient des chats – et notamment des chats noirs – à bord de leurs navires, pour plusieurs raisons : la protection spirituelle, la dératisation, la protection des denrées alimentaires mais également pour la compagnie que ces boules de poils apportaient. La compagnie d’assurance Lloyd, établie en 1688, refusait même d’assurer les navires qui n’embarquaient pas de chats. Les Britanniques avaient déjà tout compris.

Un cas bien particulier : Simon et George Hickinbottom

Ce joli petit chat naquit en 1947. Un beau jour de mars 1948, il fut retrouvé errant sur les docks de Hong Kong par George Hickinbottom, alors membre de l’équipage de la frégate HMS Amethysth. Ne pouvant laisser ce chaton seul et mal en point, George l’embarqua clandestinement à bord du navire et le nomma Simon. Bien vite, Simon fut sous les feux des projecteurs. Chasseur hors-pair, il permit de dératiser les différents ponts en deux temps trois mouvements.

Alors localisée à Yang Tsé, la frégate fut attaquée par l’armée chinoise. Vingt-deux membres de l’équipage perdirent la vie tandis que Simon fut sévèrement blessé. Des soins lui furent apportés, et bien que ses chances de survie aient été minces, il parvint à s’en sortir. Simon devint alors célèbre par le biais des médias britanniques et internationaux. Il reçut alors la médaille britannique la plus gradée : la « Animal Victoria Cross », ainsi que le titre de « Able seacat » autrement dit, le « chat marin compétent ».

Simon mourut néanmoins en novembre 1949. Malgré sa très courte vie, Simon fut enterré dans l’est de Londres, à Ilford. Son épitaphe retrace la vie extraordinaire de ce chat au sein de l’armée britannique.

Un monument aux morts entièrement dédiés aux animaux est installé à Londres en 2004, sur Park Lane. Il rend hommage à pas moins de cinquante-quatre animaux dont 32 pigeons, 18 chiens, 3 chiens et bien évidemment, Simon !

✏️ Y a des amateurs de chats parmi vous ? 😀

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10 commentaires

3 kleine grenouilles 12 juillet 2020 - 21:38

J’adore ces petites anecdotes historiques et je ne savais pas que les Britanniques aimaient autant les chats. Je pensais que c’était plutôt le Welsh Corgi qui remportait tous les suffrages.
PS : J’adore aussi les chats mais j’ai un mari allergique.

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Ophélie G. 12 juillet 2020 - 23:17

Je suis contente que ça te plaise ! Je trouve ça super intéressant que les chats aient leur petite histoire au Royaume-Uni, parce que les chiens semblent avoir beaucoup d’importance ici.. Comme quoi ! xx

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Mariion2404 13 juillet 2020 - 10:00

J’adore ces histoires ! Personnellement le chat que je préfère c’est justement le chat noir et je ne comprends pas comment les gens peuvent à ce point le détester.

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Ophélie G. 13 juillet 2020 - 10:40

Mais pareil ! Quand j’aurai un chat, ce sera un petit chat noir et puis c’est tout ! xx

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September Lullaby 14 juillet 2020 - 12:45

Coucou ! Super intéressant cet article sur les chats, j’ai appris plein de choses 🙂 Je pense que je suis plus a dog person, mais j’aime les chats quand même 🙂 D’ailleurs, on essaie d’en adopter un depuis le mois de mars et en Irlande, c’est mission impossible … Tout le monde veut des chats ! Ici non plus, les chats noirs l’ont pas la côte … Ils préfèrent les roux, les blancs et les tigrés !

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Ophélie G. 15 juillet 2020 - 09:31

C’est marrant ça, ici c’est la folie des chiens ! 😮 xx

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Camille 15 juillet 2020 - 20:46

Ah c’est super, tout ça ! En propriétaire (esclave) d’un chat noir, je ne peux qu’approuver les Brits. Une fois de plus.
En revanche, en tant que médiéviste (j’aurai donc écrit 2 fois ça en 5 min sur ton blog, tout est normal), je tiens à préciser que les chasses aux sorcières datent de la Renaissance, gros essor au XVIe siècle, qui est d’ailleurs le siècle (si je ne me trompe pas) du Malleus maleficarum (au plus tôt, XVe) 😉

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Ophélie G. 15 juillet 2020 - 21:31

J’adore l’idée que tu sois l’esclave de ton chat ! 😀 Vive les médiévistes et le Moyen-Âge tient ! En réalité, les prémices des chasses aux sorcières européennes datent du Moyen-Âge tardif, à cause de l’essor du Christianisme en Europe. Mais clairement, c’est pendant la Renaissance que ça a pris une ampleur de ouf. Le Malleus Maleficarum date de la fin du XIe siècle, mais il codifie des écrits plus anciens (à vérifier mais il me semble que c’est du XIVe siècle ?). 😉 xx

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Camille 16 juillet 2020 - 16:58

Tiens, tu as vu ça où ? J’ai vérifié (en plus d’être une ex-médiéviste, je suis aussi une ex-bibliothécaire donc psychorigide, je m’auto-déprime) et le Malleus maleficarum date bien de la fin du XVe. Le fait est qu’il compile pas mal d’écrits plus anciens mais je suis formelle, c’est bien un texte du XVe 🙂 (j’ai failli écrire mon master sur le sujet et comme une idiote, j’ai changé d’idée)
Sur tes conseils, je regarde The last kingdom (je connais mal le haut Moyen Âge) et je trouve super intéressant de voir cette transition paganisme-christianisme et l’évolution du rôle de la femme qu’elle engendre. Il est frappant de voir le personnage de Brida dire qu’elle ne veut pas « devenir une femme saxonne » avec toutes les restrictions de liberté que ça implique par rapport au fait d’être une « Viking ».
Si tu t’intéresses à cette époque, et si tu ne l’as pas lu, je te conseille Viking Britain qui est vraiment intéressant. Mais si j’arrive à trouver un appart, un boulot etc etc en Ecosse et à y faire venir mes bouquins (…), je te le prêterai 😉 xx

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Ophélie G. 16 juillet 2020 - 22:01

Mea Culpa ! Déjà parce que j’ai fait une faute de typo, je voulais dire XIV et pas XI, et en plus parce que tu as totalement raison, le Malleus date bien de fin XVe ! Merci pour la correction. 😀
Alors j’ai pas encore regardé The Last Kingdom (j’attends d’être installée en Ecosse pour m’y mettre ahah). Du coup j’ai hâte de voir ce que ça donne pour Brida, on pourra en parler comme ça. Je m’intéresse beaucoup à cette période. J’ai étudié la civilisation celte à la fac de Glasgow et le deuxième semestre s’est terminé sur les premiers raids vikings en Angleterre. C’était top ! Je crois que j’ai le bouquin que tu mentionnes… mais en France ! Alors oui, je te l’emprunterai quand tu seras en Ecosse. :p Et on pourra également parler de ça ! xx

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