Chroniques anglaises #92 : Prof en confinement / Covid-19

par Ophélie G.
6 commentaires
Chroniques anglaises #92 : Prof en confinement / Covid-19

Décidemment, difficile de ne pas parler de la situation actuelle dans ces chroniques hebdomadaires. C’est bien un sujet sur lequel tout le monde s’entend. Aujourd’hui, j’ai prévu de vous parler de l’actualité au Royaume-Uni et de ma situation de prof en confinement. Il est rare que je poste mes chroniques si tôt (et si régulièrement !) mais que voulez-vous ? Comme beaucoup, je me retrouve avec beaucoup, beaucoup de temps libre.

Les écoles sont fermées – je fais quoi moi ?

Les écoles au Royaume-Uni sont officiellement fermées depuis lundi 23 mars. Je dis officiellement, car si c’est le cas pour la grande majorité des élèves, les écoles se doivent quand même de rester ouverte pour accueillir les enfants de ce qu’on appelle les key workers, mais également les enfants les plus vulnérables. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet car j’en ai déjà parlé dans les chroniques de la semaine dernière. 

Dans mon école, nous avons un système de rota pour que tous les profs ne se pointent pas le même jour. Ça ferait des déplacements et des risques inutiles. Tout le staff devait se présenter à l’école lundi matin mais dimanche soir, les plans ont changé à la dernière minute. Autant m’y habituer, c’est au jour le jour maintenant.

Ma journée d’astreinte, c’était mercredi, pour jouer les baby-sitters auprès des cinquièmes. Mardi, un collègue nous envoyait le nouvel emploi du temps : toujours le mercredi pour moi, mais pour baby-sitter les sixièmes (Year 7s) et les cinquièmes (Year 8s) réunis. 25 élèves sont venus à l’école lundi, 6 mardi. Merci l’allocution de Boris Johnson du lundi soir, qui a plus ou moins lancé le lockdown sur le territoire. J’y reviendrai.

Aller au travail mais ne pas y rester

Mercredi matin, je suis allée à l’école à pied – autant profiter de cette sortie obligatoire pour me dégourdir un peu les jambes et profiter du soleil qui se fout clairement de nous en ce moment. Tout a été très rapide une fois sur place. Je suis arrivée à 7h50 et me suis tranquillement installée sur l’ordinateur pour bosser un peu. Je m’étais préparé deux-trois trucs à faire pour ne pas m’ennuyer.

A 8h15, la collègue qui devait me tenir compagnie est arrivée, échange de discussions banales.

A 8h25, un autre collègue est arrivé, pour nous dire que seulement 5 élèves étaient présents. Nous sommes donc repartie, car il était inutile de prendre des risques en restant inutilement sur place. Voilà. Ma journée de présente à l’école a duré 35 minutes. Comme les emplois du temps sont très (++) réduits, je ne suis pas sur celui de la semaine prochaine. Je me suis portée volontaire pour les deux semaines de vacances mais dans le pire des cas, ça me fera sortir deux fois en deux semaines.

Et donc, c’est les vacances ?

Techniquement, non, les vacances de Pâques ne commencent que vendredi prochain, le 3 mars. Sauf qu’en cette période de fermeture des écoles et de confinement, les enseignants ne sont pas censés travailler. Ce sont nos syndicats qui le disent. Dans mon école, il a été demandé à chaque département d’envoyer quelques ressources à mettre sur une plateforme en ligne, pour que les élèves puissent travailler de chez eux. Mais c’est tout. Vous vous souvenez, il y a quelques semaines je vous racontais mon quotidien surchargé de prof ? Et bien, je ne peux pas dire que c’est le cas aujourd’hui. Ceci étant dit, tout dépend de l’école !

Le problème, c’est que Scarborough est une région un peu deprived – les gens n’y roulent pas sur l’or. Nous n’avons aucune garantie que les enfants aient accès à un ordinateur ou à Internet. Je sais que ça semble fou, mais c’est la réalité de la situation. La plupart des élèves ont bel et bien accès à tout ça, mais pas pour tous malheureusement. C’est tellement inégal d’un foyer à un autre qu’il est impossible de faire quoi que ce soit. Contrairement aux enseignants en France donc, pas de cours en ligne, pas de visioconférences avec les élèves pour la plupart des profs en confinement. Par contre, ma boîte mail pro est ouverte toute la journée ou presque, histoire de ne rater aucune info.

Personne ne sait combien de temps la situation va durer malheureusement. 

Le Royaume-Uni en confinement

Lundi dernier, Boris Johnson s’est adressé aux citoyens britanniques et aux résidents du Royaume-Uni. Pas à l’heure habituelle non, mais dans la soirée, à 20h30. Ça n’annonçait rien de bon et les paris étaient pris : confinement ? pas confinement ? J’avais parié sur le premier et vous avez été nombreux à être du même avis sur Instagram. C’est avec la voix, le ton, la posture d’un prof en colère, blasé et déçu par ses élèves que Johnson nous a annoncé que vu le comportement irresponsable des gens, il se devait de forcer le Royaume-Uni à se confiner pour flatten the curve. Pendant trois semaines, possiblement (sûrement ?) renouvelable. Soulagement pour beaucoup, incompréhension pour d’autres. Personnellement, j’étais soulagée de cette décision, bienq que prise trop tard à mon goût.

Aucun système d’amende n’est encore mis en place pour le moment mais maintenant, nous avons le droit de sortir de chez nous pour les courses essentielles, pour faire un peu d’exercise (tout en respectant les règles du social distancing), pour aller travailler si impossible de faire du télétravail. Et pour le reste du temps, nous devons rester à la maison. Les magasins non-essentiels sont fermés, j’ai l’impression d’être constamment dimannche. C’est bizarre de voir tous les hôtels autour de chez moi sans aucune lumière le soir. J’en perds un peu mes repères.

Les créneaux de livraison de courses sont pris d’assault, impossible de se faire livrer quoi que ce soit avant le 10 avril pour moi. Pas d’inquiètude, ce n’est pas alarmant pour le moment. Je suis donc sortie ce matin pour faire quelques courses essentielles. J’ai trouvé que tout le monde respectait les mesures préventives du gouvernement. Garder deux mètres d’écart en croisant quelqu’un et dans les files d’attente. D’ailleurs, une employée de M&S m’a demandée d’attendre à l’entrée : le nombre de personnes autorisées dans le magasin était limité. Là aussi j’ai été agréablement surprise de voir que les clients respectaient les règles. 

Et depuis ce matin, la nouvelle est tombée : Boris Johnson et le ministre de la santé britannique sont tous les deux atteints du Covid-19. Joie.

En vrac et en images

Ce matin donc, j’ai profité de devoir aller dans le centre-ville pour passer par la North Bay, en bas de chez moi – plus d’espace donc plus de chances de respecter les règles de sécurité. J’ai bien fait, il fait super beau (ce printemps qui nous nargue), super bon et la plage est le meilleur endroit au monde pour un bon bol d’air frais. C’était ma sortie de la semaine, autant en profiter (et vous en faire profiter par la même occasion).

Home Sweet Home
Home working, ou mon bureau à la maison.

L’art de ne pas (trop) procrastiner

Contrairement à beaucoup, cette période me motive à faire un tas de choses que je ne fais pas ou plus, faute de temps. J’ai acheté le jeu The Witcher 3 sur PC pour commencer – sans manette, c’est l’enfer à manipuler, mais ça passe le temps.

J’ai également enfin mis à jour plusieurs articles sur le blog. J’ai décidé de m’attaquer à la partie voyage parce que je ne sais pas vous, mais j’ai cruellement besoin de m’aérer l’esprit. A défaut de voyager, je me contente de photos – pour le moment. 

Voici quelques unes des dernières updates 

Une courte escale à Bristol

La jolie ville côtière de Plymouth

The Eden Project, une carrière d’argile transformée en projet écologique

Dartmouth : son château, ses jolies rues et ses eaux turquoises

La newsletter de mars arrivera dans les boîtes mail en début de semaine prochaine. Si vous n’êtes pas encore abonné, le formulaire d’inscription est en bas de cette page ! 

Sur ce, je vous souhaite une belle journée. Ce soir, je retrouve Sarah, de French Kilt, pour un pub quiz virtuel (rendez-vous sur son blog pour vous inscrire !).

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6 commentaires

tania 27 mars 2020 - 16:49

ici le soleil nous nargue hein
bon ça y est vs êtes au même point que nous
confinement confinement et confinement

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Ophélie G. 27 mars 2020 - 19:21

Fort heureusement, demain on retourne aux nuages ! Bon courage à toi ♥. xx

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Garance 27 mars 2020 - 17:27

Ici en Belgique, on est un peu dans la même situation que toi en tant que prof. A l’école primaire, on a reçu l’autorisation de donner du travail de révision aux élèves. En gros, le jeudi soir on a appris à 23h que les écoles fermaient et on a passé la moitié de la matinée le lendemain à préparer des fichiers de révisions en catastrophe, pour les donner aux élèves avant leur départ à 14h20. En effet, je travaille dans une école défavorisée donc on rencontre également le problème des enfants qui n’ont pas tous accès à internet/ordinateur etc etc. J’ai également créer cette semaine un compte sur l’application Klassroom pour communiquer avec les parents mais en 5 jours, je n’ai que la moitié d’entre eux dessus :/ Et comme le gouvernement dit que si qqch est mis en place, tout le monde doit y avoir accès, c’est compliqué ! Du coup j’espère que si les mesures sont prolongées (on devrait en savoir plus ce soir), ils ne vont pas nous demander d’assurer cours à distance, parce que je ne sais honnêtement pas comment on pourrait faire. Du coup pour l’instant je ne fais pas grand chose. J’essaie de travailler un peu pour l’école tous les jours (correctifs des dossiers des élèves pour qu’ils puissent s’autocorriger, préparations des leçons pour quand l’école rouvrira ses portes etc etc) mais c’est comme toi, on est au jour le jour. Par contre, les retours de mes frères et soeurs dont les enfants sont en secondaire (collèges et lycées), il y a apparemment beaucoup de travail et les profs ne se gène pas pour donner de nouvelles matières, malgré l’interdiction.
On fait également un roulement pour les surveillances mais pour une école de presque 500 élèves, on en a que 4 maximum, donc on ne doit venir qu’une fois par semaine pour 3h30 et par 2.
C’est vraiment étrange comme situation et je me demande vraiment quand les écoles vont pouvoir rouvrir et comment ils vont gérer les semaines « perdues ». Un de nos ministres a évoqué l’idée d’ouvrir l’école en juillet (normalement l’année termine le 30 juin), mais les syndicats enseignants sont directement montés aux créneaux. En ce qui me concerne, je n’ai pas encore d’avis dessus, c’est trop tôt pour le dire. Après, je suis dans une année qui n’est pas « cruciale » car pas d’examens officiels en fin d’année et je sais que l’année prochaine, quand je monterai avec ma classe, plusieurs matières seront à nouveau au programme, donc c’est moins ennuyant que d’autres années.
Du coup, en attendant j’essaie de profiter du temps libre aussi haha, c’est vrai qu’en tant qu’enseignant pendant l’année, c’est un peu compliqué donc ça nous change un peu 😀

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Ophélie G. 27 mars 2020 - 19:32

Merci pour ton long (et précieux !) témoignage Garance ! J’aime beaucoup en apprendre davantage sur ce qu’il se passe chez les autres.
Je ne sais pas du tout comment ça va se passer dans les mois à venir au RU. Les examens des Y11 et Y13 ont été annulés, mais on parle d’une fermeture des écoles qui pourrait durer jusqu’aux vacances d’été (17 juillet pour nous). Donc ça ferait quand même perdre 4 mois à nos élèves – c’est énorme ! Ça me fait assez peur pour leurs progrès.. Mais malheureusement, nous n’y pouvons rien du tout alors autant ne pas trop stresser et profiter de ce temps libre, denrée rare au XXIe siècle ! Prends soin de toi ! xx

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Mariion2404 28 mars 2020 - 08:03

La situation ressemble à la celle de la France sans les amendes. Les profs ici doivent faire cours à distance et c’est galère. Je prépare un programme de travail pour une semaine avec fiche et correction mais c’est différent d’une classe normale. On finit la deuxième semaine de confinement et je reçois des messages des parents qui n’en peuvent plus et qui me remercient et qui se rendent compte de tout le travail. C’est positif au moins pour ça

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Ophélie G. 28 mars 2020 - 12:36

J’ai un peu peur de cette absence d’amende au Royaume-Uni. Si beaucoup font attention, ce n’est pas le cas de tout le monde. Quand je vois les mesures prises dans d’autres pays par rapport à l’enseignement, je me demande pourquoi on ne fait rien.. J’imagine que c’est trop délicat d’organiser des cours à distance ? xx

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