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Piercée, tatouée et bien élevée

Tatouage

Aujourd’hui, pas de récit de voyage, ni de billet lié l’expatriation. La semaine dernière, j’avais un cours avec deux années 13 (des terminales) et nous discutions du règlement intérieur de l’école, qui est relativement strict. Pour ne donner que quelques exemples, les filles doivent avoir les cheveux attachés et personne n’a le droit de porter de bijoux. Un point en entraînant un autre, nous en sommes venus à parler de la politique de l’école en matière de modifications corporelles (piercings, tatouages). Et plus généralement, nous avons engagé la conversation sur la vision de la société vis-à-vis de tout ça. Ca m’a donné envie d’en parler sur le blog car c’est un sujet qui me tient à cœur.

Piercée, tatouée et bien élevée

Nous vivons dans une société qui n’accepte pas les différences, quelles qu’elles soient. Nous en avons la preuve aujourd’hui avec la réaction des populations face aux vagues de réfugiés – nous n’en voulons pas car ils sont différents. Cependant, ce n’est pas le sujet du jour. Là, je parle de différences bien moins importantes en soi. Je parle du fait qu’aujourd’hui encore, avoir des piercings ou des tatouages nous classe très généralement dans la catégorie des gens qu’il vaut mieux ne pas fréquenter. Les normes sociales actuelles sont la cause de nombreux préjugés. Si une personne lambda a un style un peu différent, il est catalogué et immédiatement considéré comme un délinquant, un drogué – quelqu’un dont il faut rester éloigner. Ça semble un peu cliché (et très généralisé, je le conçois très bien), mais c’est malheureusement le genre de choses que l’on entend sans relâche lorsque qu’on franchit le pas et qu’on entre dans la catégorie des « transformés. » Je sais que la blogosphère est plutôt ouverte sur ce sujet, mais c’est important d’en parler.

Car oui, je fais partie de cette catégorie grandissante, mais encore très mal vue, de personnes qui arborent fièrement piercings et tatouages. Si vous voulez tout savoir, j’ai actuellement onze tatouages, un piercing facial, un piercing au téton, une ribambelle de piercings d’oreille (j’ai du mal à les voir en tant que tels ceux-là) et mes lobes stretchés font 14 millimètres. Cela pourrait passer inaperçu si j’avais un style vestimentaire « normalisé », ce qui n’est bien évidemment pas le cas. Ce style que je ne définirais pas car il n’en a pas besoin. C’est le mien, c’est tout ce qu’il y a à retenir. Pourtant, on m’a toujours cataloguée et les plus récurrents ont été « gothique » ou encore « emo » quand c’était la mode. Depuis le collège, ça fait long je trouve, mais les gens ne se lassent pas on dirait. N’évoluent pas. Aujourd’hui encore, les gens que je rencontre ne m’étiquettent pas directement, mais me disent que mon apparence est « originale. »

Les normes sociales ne me définissent absolument pas. J’écoute de la musique dite « sauvage » alors je n’ai aucun goût. J’ai des piercings, dont un au milieu du visage, on dit de moi que j’aime me faire du mal. J’ai des tatouages qui se voient sur les bras, je suis quelqu’un mal dans ma peau. Ceux qui ne me connaissent pas pensent que je ne ferai jamais rien de ma vie et que je serai une cas sociale pour le restant de mes jours.

Et pourtant, ce n’est pas le cas.

tatouée

Mes modifications corporelles ne m’ont jamais empêchée de vivre ma vie telle que je l’entends. Ça ne m’a pas empêché de trouver des jobs d’étudiants quand j’étais à la fac, ni de pratiquer le judo en compétition, ni de poursuivre mes études à un niveau supérieur. Petite anecdote marrante d’ailleurs : la première fois que j’ai retiré mes piercings et arboré un style conventionnel (du moins, j’ai essayé), c’était pour la soutenance de mon mémoire de Master 1. Les profs, qui me connaissaient très bien en tant qu’élève m’ont demandé la raison de ce brusque changement et quand je leur ai dit que « je voulais avoir l’air correcte », ils se sont moqués. Voilà. Pour la première fois de ma vie, quelqu’un s’est foutu de moi parce que je voulais paraître « normale ». Ça a été la seule et unique fois où j’ai voulu être quelqu’un d’autre.

Aujourd’hui, et depuis un an déjà, je travaille dans un établissement anglais privé, au règlement très strict, malgré tout ça. De ce côté de la Manche, dans la vie de tous les jours, les gens ont compris que les apparences ne faisaient pas tout dans la vie, et qu’on peut être quelqu’un de bien, peu importe la manière dont on est perçu. Ici, on ne me juge pas pour cette image que je renvoie. En mai dernier, mon contrat s’est terminé et pourtant, malgré mon apparence, l’école a renouvelé mon contrat pour une année supplémentaire. Alors certes, lorsque je travaille je retire mon septum. Toutefois, c’est plus par respect pour les élèves qui n’ont pas le droit d’avoir de piercings qu’autre chose. Lorsqu’ils me croisent dans la rue – et dans une ville comme Stamford, ça arrive tous les jours – ils ne sont pas étonnés de me voir telle que je suis. Au début de l’année scolaire, ils me posent quelques questions (notamment la signification de mon tatouage en allemand sur le poignet), puis ils passent à quel vin je préfère. C’est dire s’ils s’en préoccupent. Mes collègues aussi savent que j’ai tout ça,  mais s’en foutent royalement. A partir du moment où je fais mon travail, le reste n’a aucune espèce d’importance. Quant aux vêtements,  je m’habille différemment à l’école, car il y a un dress code que les membres du staff doivent respecter. Mais c’est tout.

En résultat, je ne pense pas qu’être tatoué et piercée signifie que j’ai reçu une mauvaise éducation de la part de mes parents – d’ailleurs, ils s’en foutent un peu, ça ne les intéresse pas. Je suis comme je suis et j’en suis fière. Je crois bien que mes parents aussi sont fiers de ce que j’ai accompli jusqu’à présent, avec ou sans modifications corporelles. Alors non, je ne remplis pas – et ne remplirai jamais – la case « normale » de la société. De toute façon, c’est quoi la « normalité » ? Faire comme tout le monde ? Rentrer dans un moule ? Ce n’est vraiment pas pour moi. Et quand on me dit que je finirais vieille et moche avec tout ça et bien, d’une part un piercing, ça s’enlève et d’autre part, quand on est vieux, on est pas au meilleur de sa beauté. Alors tant pis, quand je serai vieille, j’aurais des tatouages sur ma peau fripée, probablement de gros trous aux oreilles, des piercings. Mais ça ne m’empêchera pas d’être une vieille dame super cool quand même, avec derrière moi, une vie toute aussi cool. Je pense juste qu’il serait temps d’arrêter de se soucier de l’apparence des gens et d’apprendre à les connaître avant d’émettre un jugement.

tatouée

Et vous, les piercings et tatouages, vous en pensez quoi ?

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14 Commentaires

  • Reply Débute ton aventure

    J’aurais donné cher pour avoir un ou une prof avec des manchettes de tatouages ! Je trouve ça beau, bouleversant même – j’ai toujours vu les modifications corporelles comme une façon de se sublimer. Je suis toujours heureuse de voir des gens revendiquer leur singularité à travers cet Art.
    Car pour moi, c’est un art de cultiver la différence, de rechercher SA différence. Et je reste toujours fascinée devant les motifs, les couleurs et les reliefs des tatouages, c’est tantôt un ornement pour certain, un totem pour d’autres, il y a autant de raisons de porter un tatouage ou de piercing qu’il y a de gens sur cette terre.
    Et même que parfois y’en a aucune : on en porte car on aime ça et c’est suffisant.
    C’est très bien comme ça.
    Tu ne devrais même pas avoir besoin de te justifier à ce sujet, mais c’est bien que parfois un article émerge comme une piqure de rappel : tirer des conclusions hâtives en se basant sur l’apparence d’une personne c’est le summum de la vacuité intellectuelle.
    Je tiens à te laisser ce commentaire pour te remercier de ce petit article 🙂

    1 novembre 2015 at 13:46
    • Reply Ophélie G.

      Merci d’avoir partagé ton point de vue ! « Il y a autant de raisons de porter un tatouage ou de piercing qu’il y a de gens sur cette terre. » Cette phrase en particulier m’a beaucoup plu. On est tous confronté un jour ou l’autre à l’obligation de se justifier pour nos choix, quels qu’ils soient. Avec les modifications corporelles, c’est pareil. J’ai bien vu le regard des gens changer au fil de mes nouvelles lubies, alors que ce sont des choses qui ne regardent que moi et qui ne devraient pas du tout influencer la manière dont on me perçoit. C’est dommage, parce qu’au fond, ça ne change rien à qui je suis. Bref, merci pour ton commentaire, il m’a beaucoup touchée ! xx

      2 novembre 2015 at 14:41
  • Reply sabine

    A vrai dire, je n’en pense rien, les gens font ce qu’ils veulent avec leurs corps !
    Après je trouve ton article intéressant car je pense sincèrement qu’en France on devrait revenir à l’uniforme à l’école. Pour effacer les différences sociales entre les gens. Et surtout parce que je pense qu’avant de pouvoir se construire une apparence, il faut se construire une pensée. Ca peut paraitre bizarre comme raisonnement mais je pense que c’est plus facile de se concentrer sur son développement intérieur quand on n’a pas (moins) à se soucier de son apparence extérieur. Après c’est mon point de vue, je comprends qu’on puisse penser autrement 🙂

    2 novembre 2015 at 05:02
    • Reply Ophélie G.

      Pour ce qui est de l’uniforme, je plussoie ! Il devrait vraiment revenir en France. Mais soyons honnêtes, ce ne sera jamais le cas. On parlerait alors de privation de liberté individuelle ou autre connerie du genre. Je le vois bien ici, l’uniforme présente de nombreux avantages. Comme tu le dis si bien, pas besoin de se construire une apparence ! Les barrières sociales ou religieuses disparaissent, sans pour autant effacer l’individualité. Ici par exemple, la couleur des cravates des étudiants changent en fonction de nombreuses choses : l’appartenance à une maison (oui, exactement comme dans Harry Potter) indique la couleur principale, mais les motifs changent en fonction de chacun d’entre eux. Une bonne action, et c’est une nouvelle cravate qui est attribuée. Ils arborent également de nombreux badges dont ils sont très fiers, selon leur(s) position(s) à l’école (préfets, appartenance à un club et autres). Trois à quatre jours par an, il y a des jours sans uniformes et la majorité de mes étudiants déteste ça ! C’est pour dire.. Tout ça pour dire que je suis entièrement d’accord avec ton point de vue ! xx

      2 novembre 2015 at 14:45
  • Reply Anaïs

    Merci pour cet article. Honnêtement je n’ai rien à ajouter, c’est comme si tu avais pris ce que j’avais en tête et que tu l’avais écris.
    C’est vrai qu’aujourd’hui (et c’est malheureux), en France, beaucoup de personne regarde les personne tatouées ou piercées comme si c’était des junkies, des ex prisonniers ou je ne sais quoi. Ça me rends vraiment folle. Alors vraiment, je te remercie, pour ce très bel article!

    11 novembre 2015 at 11:12
    • Reply Ophélie G.

      Ça me touche beaucoup de voir que j’ai réussi à toucher des gens avec cet article. Et ça me touche encore plus de lire ce genre de réactions, tellement ouvertes ! Un grand merci à toi ! ♥ xx

      11 novembre 2015 at 12:53
  • Reply Anaïs

    Quel bel article ! Je trouve néanmoins que le piercing et le tatouage se démocratisent. Pour exemple mon chéri, qui travaille dans un milieu très cartésien (la finance) et pourtant arbore ses tatouages comme une partie évidente de ce qu’il est. Rare sont les gens/clients qui lui font remarquer…
    Rien n’est perdu. Ca arrive mais ça prend un peu de temps.

    22 novembre 2015 at 17:04
    • Reply Ophélie G.

      Oui, tout ça se démocratise et c’est vraiment bien ! Par contre, je trouve quand même que certaines choses sont plus acceptées que d’autres : un piercing à l’arcade, les gens s’y font, mais un piercing au septum, et ça y est, tout le monde vous dévisage. Vivement que tout ça change pour de bon ! xx

      23 novembre 2015 at 11:30
  • Reply Sophy

    Je suis à la fois d’accord, et pas d’accord avec ton article. Certes, il faudra toujours se battre contre quelques regards sur notre style différent, mais depuis environ 5 ans, je remarque une évolution dans la mentalité des autres. Et ça fait du bien.
    Bien sur quand je travaille (responsable du temps periscolaire dans une école, je suis en contact permanent avec enfants et parents) je ne vais pas arborer mon pull SALIGAUT mais ils n’ont aucun mal avec mes cheveux à la fois rasé et à la fois rouge, ni même avec mes grosses doc’s à fleurs ou mes affaires en cuirs. Je rencontre des parents à des concerts de rock, et même des fois c’est eux qui m’informe sur les bons plans concerts rock/métal.

    En fait, je crois que je suis tombée sur une école qui me correspond !

    Je n’ai pas le temps de traîner plus longtemps sur ton blog, mais pour sur, je le garde dans un coin de ma tête, je l’aime beaucoup !

    25 novembre 2015 at 08:27
    • Reply Ophélie G.

      Je pense en effet que la situation tend à changer de manière positive, mais rien n’est encore parfait. Mais je ne désespère pas, un jour, personne ne fera plus attention à nos looks de rebelles. 😉
      Merci infiniment Sophy, ça fait toujours plaisir de voir des gens aimer son travail. Je file faire un tour vers ton blog ! xx

      25 novembre 2015 at 14:37
  • Reply Aurélie

    Arf, de toute façon les gens trouveront toujours de quoi critiquer pour peu que l’on sorte un chouia de la normalité, ou en tout cas de ce qui est perçu comme tel dans la société dans laquelle on vit. Ce sera pour un choix physique, vestimentaire, un mode de vie « atypique »… Tout choix « différent » entraîne fatalement un jugement, c’est comme ça. Une fois cela dit, les autres n’ont que le pouvoir qu’on leur donne, et je pense qu’il est bien plus important de se sentir soi que de vouloir à tout prix coller à quelque chose qui ne nous correspond pas. Bref, chacun sa vie, chacun ses choix, et cela me préoccupe de moins en moins…

    3 janvier 2017 at 15:08
    • Reply Ophélie G.

      C’est exactement ça ! Mais je trouve ça dommage que les différences soient aussi mal perçues aujourd’hui. Ça évolue, mais vraiment doucement.. Comme tu dis, il suffit de s’assumer, d’assumer ses choix et fuck les autres. xx

      4 janvier 2017 at 17:14
  • Reply Aurélie

    Tellement d’accord avec toi ! Les gens ont peur de tout ce qui est différent d’eux, de ce qu’ils ne connaissent pas et pourtant … ce sont bien nos différences qui font notre richesse !
    Allez, on y croit, les mentalités continueront d’évoluer ! Merci pour ce bel article en tous cas.

    5 janvier 2017 at 09:34
    • Reply Ophélie G.

      Merci à toi de l’avoir lu et commenté ! J’espère que les mentalités changeront rapidement, c’est vraiment dommage d’être jugés pour des différences à la noix.. xx

      5 janvier 2017 at 12:29

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