Au cœur des légendes arthuriennes : la forêt de Brocéliande

par Ophélie G.
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Forêt de Brocéliande

Je m’excuse d’avance pour le pavé qui va suivre. Les légendes arthuriennes font partie de mes centres d’intérêt – à tel point que je les ai étudiées en long, en large et en travers pour mes mémoires de Master 1 et 2. Du coup, à l’occasion d’une semaine de vacances chez ma meilleure amie, en Bretagne, nous avons décidé d’aller nous balader dans la Forêt de Brocéliande, accompagnée de Flika, l’adorable chienne de mon amie.

La forêt de Brocéliande

On va commencer par un peu de background littéraire, parce que la forêt de Brocéliande n’existe pas en tant que telle – même si on voit ce nom un peu partout dans la région. C’est Robert Wace, auteur anglo-normand du XIIe siècle, qui dans son, Roman de Rou, mentionne une forêt enchantée, sans pour autant la nommer, ni la localiser avec précision. Il faudra attendre Chrétien de Troyes et son Yvain ou Chevalier au lion, quelques décennies plus tard, pour qu’elle se voit doter d’un nom. Il y décrit d’ailleurs une fontaine défendue par un chevalier invisible – mais nous y reviendrons. Peu à peu, au fil des récits, la forêt s’est vue localisée et c’est aujourd’hui la forêt de Paimpont qui est la plus sollicitée en ce terme.

Note : Si je parle ici des légendes arthuriennes au pluriel, c’est qu’une étude approfondie du sujet m’aura appris au moins une chose. Le corpus arthurien dans son intégralité est bien trop complexe pour être mentionné au singulier. Les textes, l’origine de leurs auteurs, la langue d’écriture, le contexte aussi, sont autant d’aspects qui sont à prendre en compte. On parle d’un ensemble de textes rédigés sur plus d’un millénaire, d’origine européenne diverse (gallois, français, anglais, irlandais…). Vous voyez le tableau ! Ainsi, il est impossible de dresser un schéma d’ensemble unique – d’où l’utilisation de l’expression au pluriel.

Tréhorenteuc

Forêt de Brocéliande

Nous avions étudié un plan de journée et c’est à Tréhorenteuc (Tre’horenteg), dans le Morbihan, que nous nous sommes arrêtées en premier. Direction, l’office de tourisme pour récupérer une carte de la forêt. Nous en avons profité pour passer dans l’église du Graal, un petit édifice religieux très étonnant. Cette église a pour particularité de mêler différentes croyances : croyances catholiques, mais également croyances arthuriennes et celtes (un peu comme la Rosslyn Chapel, même si celle-ci mélange encore plus de religions et de croyances). Les vitraux représentent plusieurs scènes des légendes arthuriennes : le grand vitrail de l’apparition du Graal (voir ci-dessous), celui de la Table Ronde, ou encore celui de la légende du Val sans Retour. Je n’ai pas résisté à l’envie de prendre quelques clichés dans ce village, si caractéristique de l’architecture bretonne.

Forêt de BrocéliandeForêt de BrocéliandeForêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande

Le Val sans Retour

Nous avions décidé d’emprunter une boucle de quatre kilomètres au cœur du Val sans Retour pour y voir l’Arbre d’or et le Miroir aux Fées. L’Hôtié de Viviane nous faisait de l’œil, mais nous l’avions jugé trop éloigné. C’est là que les choses se sont corsées. Premièrement, nous avons pris la boucle à l’envers, en commençant par la fin. C’était donc mal parti. En plus de ça, gourdes que nous sommes, au lieu de suivre une seule balise (la blanche et rouge en l’occurrence), nous avons suivi un peu de chaque. Notre charmante petite balade de santé s’est rapidement (enfin rapidement, tout est relatif) transformée en randonnée de trois heures et demi, pendant lesquelles nous avons marché pas loin de vingt kilomètres. Voilà, là c’est le moment où vous pouvez rire sans que ça me vexe.

En bref, la balade était très sympa. Des arbres à perte de vue, un silence seulement rompu par le pépiement des oiseaux ou le bruissement des feuilles. Et la lumière ! Elle jouait avec les feuilles, s’infiltrant de temps en temps, mais touchant rarement le sol. Une merveille !

Forêt de Brocéliande

C’est quand nous sommes arrivées à l’Hôtié de Viviane que nous avons compris que quelque chose clochait. Mais passons. Il s’agit d’un mégalithe âgé de 2500 ans, situé à 191 mètres d’altitude. Aussi surnommé le Tombeau des Druides, il est constitué de douze dalles de schistes rouges posées à la verticale, formant une sorte de cuve. La légende veut que Viviane y retienne Merlin l’enchanteur dans une prison d’air..

A côté de la demeure de Viviane, de grandes et larges dalles de schistes rouges s’étendaient au sol. Nous nous y sommes installées pour une pause, et la vue sur la vallée était absolument incroyable.

Forêt de BrocéliandeForêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande

Après avoir retrouvé la boucle qu’on était censées faire dès le début (est-il utile de préciser qu’on est tombées dessus complètement par hasard ?), on est finalement parvenues au Miroir aux Fées. Un lac sublime dont le nom n’a en réalité rien de légendaire : la forêt qui l’entoure est tellement dense que l’air n’y pénètre pas. L’eau y reste immobile en permanence, ce qui donne l’impression d’un gigantesque miroir. La vue nous a laissées sans voix.

Forêt de BrocéliandeForêt de Brocéliande

Juste à côté, il y a l’Arbre d’or, qui est une œubre d’art de François Davin. Elle consiste en un tronc doré à la feuille d’or, entouré de cinq autres arbres noircis. Inauguré en 1991, il symbolise de nombreuses choses : la renaissance et l’immortalité de la nature, et la « bêtise humaine souvent à l’origine des catastrophes naturelles » (merci Wikipédia pour ces précieuses informations). C’est à partir de là qu’on a croisé pleins de gens et qu’on s’est dit que c’était pas plus mal de se perdre (on a dû croisé quatre personnes en l’espace de presque quatre heures).

Le Val sans Retour, aussi appelé Val périlleux ou Val des faux amants aura bien failli nous garder entre ses racines, mais c’est le sourire aux lèvres que nous lui avons échappé et que nous avons continué notre épopée.

Forêt de Brocéliande

La Fontaine de Barenton

Après cela, il nous a fallu reprendre la voiture pour aller à la Fontaine de Barenton, un peu plus au nord de Tréhorenteuc. Vous en avez déjà probablement entendu parlé, mais au cas où, voici quelques infos (je vous avez prévenu que cet article allait être un pavé, il me semble). C’est encore à Robert Wace que l’on doit son apparition dans les légendes arthuriennes, qui la décrit comme une fontaine capable de déclencher des tempêtes. La Fontaine de Barenton puise sa magie dans la pierre à laquelle elle est associée, que l’on nomme Perron de Belanton (du nom original de la fontaine) ou Perron de Merlin. On dit que c’est là que l’enchanteur vient y retrouver Viviane, la fée des eaux. Si l’on répand de l’eau sur le perron, le ciel s’ouvre et le Chevalier noir surgit et provoque l’intrus (dixit Le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes). On dit aussi que verser de l’eau de la Fontaine sur le Perron a le pouvoir de déclencher de dévastatrices tempêtes.. Il vaut donc mieux ne pas y traîner trop longtemps.

Ne vous attendez pas à quelque chose de très exceptionnel, il s’agit simplement de quelques rochers..

Forêt de BrocéliandeForêt de Brocéliande

Le Chêne à Guillotin

En chemin pour aller voir le Tombeau de Merlin, nous nous sommes arrêtées voir le Chêne à Guillotin, un arbre de presque mille ans que je tenais à voir. C’est extraordinaire de se tenir à côté et de s’imaginer tout ce dont il a été témoin. En plus de ça, cet arbre est incroyablement gigantesque : 15 mètres de haut et 9.50 mètres de diamètre au dernières mesures (en 2000). J’ai dû beaucoup m’éloigner du chêne pour parvenir à le photographier en entier !

Son nom provient d’un prêtre réfractaire qui se cacha dans le tronc creux (qui peut abriter une bonne dizaine de personnes en vrai). La légende (vous l’avez compris, cette forêt est pleine de légendes), dit que Notre-Dame de Paimpont, sous la forme d’une araignée, a tissé une toile sur l’entrée du tronc afin de le dissimuler.

Forêt de BrocéliandeForêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande

Le Tombeau de Merlin

Mortes de fatigues, nous ne pouvions pas passer à côté du Tombeau de Merlin sans s’y arrêter. C’est quand même une légende ce type ! (Bon d’accord, c’était nul comme vanne). Dans la série « boulettes de la journée » (on pourrait presque écrire « Le guide des gourdes en balade« ), impossible de trouver le parking qui se situe à côté. C’est pas grave, on a trouvé un panneau près de l’étang de la Marette qui indiquait une direction. La voiture garée, on a dû tirer sur la laisse de Flika pour qu’elle sorte de la voiture. On a épuisé cette pauvre chienne, c’est dire si on a marché. Le panneau indiquait deux routes : une de 1.4 kilomètres, une de 10. On a voulu prendre la première, mais on s’est tapé la deuxième (je parie que vous l’aviez deviné). Bref, au moins l’étang était chouette, et il n’y avait personne.

En se baladant, on a fini par tomber sur la Fontaine de Jouvence dont l’origine n’est pas très connue. Comme toutes les fontaines de ce nom, elle aurait la particularité de faire rajeunir. L’eau n’était pas très propre donc on en a pas bu.. Je ne pourrais ainsi pas vous dire ce qu’il en est ! Mystère, mystère. Elle ressemblait beaucoup à la Fontaine de Barenton en tout cas.

Forêt de BrocéliandeForêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande

Et finalement, on est parvenues au Tombeau de Merlin. A l’origine, il s’agissait d’un mégalithe, composé de huit dalles de schistes. Aujourd’hui, il n’en reste que trois : deux entières, et les fragments de la troisième. L’endroit m’a énormément fait penser à Avebury et Glastonbury, car les visiteurs y avaient déposés de petites offrandes et de petites notes..

La légende qui veut que Merlin ait un tombeau est récente, puisqu’elle date du XIXe siècle. Dans un souci de paraître plus réaliste, peut-être ? Parce que c’est vrai qu’être enfermé dans une prison d’air par une fée des eaux est un peu fantaisiste.. Toujours est-il que l’on dit aussi que Merlin vient se reposer entre les pierres du mégalithe lorsque l’envie lui prend d’être au calme..

Forêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande Forêt de Brocéliande

C’est sur ce dernier arrêt que nous avons achevé notre périple. En retrouvant la voiture et en prenant la route pour rentrer, nous avons fini par passer devant le parking que nous cherchions un peu plus tôt. Pour conclure, la journée était incroyable. Se balader en pleine nature, osciller entre réalité et légende, marcher dans un silence apaisant. De quoi se ressourcer pour quelques temps…

Et vous alors, ces légendes, vous y croyez ?

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6 commentaires

Etheal 23 septembre 2015 - 14:22

Comme toi, je suis passionnée par les légendes arthuriennes, je les ai parcouru pendant des années en imaginant les lieux sans jamais y mettre les pieds. On peut dire que votre périple au fil des légendes n’a pas été de tout repos, c’est ce qui créé des souvenirs :p Les photos sont magnifiques, ça me donne envie d’enfiler des chaussures de rando (ok j’en ai pas mais soit) et de s’y perdre !

xx

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Ophélie G. 23 septembre 2015 - 20:42

Les légendes arthuriennes, c’est la VIE ! Personnellement, j’ai surtout travaillé sur la conception du mythe d’Avalon et tout ce qu’il symbolise. Ça ne représente qu’une infime partie de l’ensemble, mais j’aime tellement ça.. Notre périple a été un peu plus ardu que prévu, mais j’en suis ravie au final, parce que nous avons pu l’apprécier davantage encore ! Pas besoin de chaussures de rando si tu as de bonnes baskets, le terrain n’est pas si chiant (sauf les montées ahah). Bref, si jamais tu y vas un jour, let me know que je puisse avoir un autre point de vue ! xx

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Charlie 23 septembre 2015 - 15:59

Je ne peux pas dire que je crois pour de bon à toutes ces légendes mais c’est amusant de faire semblant de temps en temps. Dans tout les cas qu’elles soient vraies ou pas j’au beaucoup aimé ton récit et cette forêt,si pas enchanteresse a l’air tout simplement magnifique !

xx,Charlie.

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Ophélie G. 23 septembre 2015 - 20:47

Merci Charlie ! Je t’avoue qu’une fois sur place, il est difficile de ne pas se laisser porter par ces légendes et de ne pas y croire.. Et oui, cette forêt est juste sublime ! J’imagine qu’avec l’automne qui arrive, elle doit être encore plus merveilleuse.. xx

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chloe 26 octobre 2015 - 23:08

J’ai un ami fan des légendes arthuriennes, je lui enverrai le lien de ton article!

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Ophélie G. 26 octobre 2015 - 23:16

C’est gentil, merci ! 😀 J’espère que ça lui plaira. xx

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