« Tu » ou « vous » : la question qui divise

L’anglais, c’est quand même plutôt sympa quand il s’agit d’éviter les complications linguistiques, du genre l’utilisation du « tu » ou du « vous ». Il y a quelques temps, un post avait attiré mon attention sur le groupe Facebook des assistants français au Royaume-Uni : une nana qui déclarait refuser que ses élèves la tutoient ou l’appellent par son prénom. La raison principale ? Le manque de respect « évident » lié à l’utilisation du « tu » par des enfants envers un adulte. J’avoue que ça m’avait un peu laissée sur le cul, car à mes yeux, l’utilisation de « tu » peut très bien aller de paire avec le respect. Tout est une question de limites claires et établies dès le départ.

Mes élèves me tutoient, m’appellent par mon prénom (d’ailleurs, ils semblent l’adorer vu le nombre de fois où je l’entends par jour) et certains m’ont même donné des surnoms. J’imagine qu’aux yeux de certains de mes compatriotes assistants de langue, ce n’est pas super professionnel et ça vire même à l’inapproprié. Pourtant, derrière ces jeux langagiers, il y a beaucoup de respect mutuel – un respect que je chéris au quotidien.

Dès mon arrivée à Stamford en septembre 2014, j’avais très clairement prévenu mes élèves : il était hors de question qu’ils me vouvoient. D’une part, car n’étant pas réellement enseignante, je trouvais que le vouvoiement était un peu trop vieillissant (ben quoi, j’ai que 25 ans !). D’autre part, le vouvoiement m’a toujours donné l’impression d’établir une barrière, une certaine distance entre les élèves et les professeurs – distance qui s’avère souvent être gênante ou intimidante pour les élèves, qui se sentent infériorisés (je me souviens, c’était exactement comme ça que je me sentais à leur âge, vis-à-vis des profs). En plus de ça, qu’on m’appelle « Madame » m’énerve au plus haut point – mais c’est un autre débat. Il y a aussi un autre point important : mes élèves sont habitués à l’utilisation du « vous » avec leurs profs alors utiliser le « tu » avec moi leur permet de travailler une conjugaison différente. Du coup, dès le début de l’année scolaire, l’histoire était réglée : ce serait « tu », « Miss » ou « Ophélie », et c’est tout.

Pour les surnoms, c’est une autre histoire. Entre la plupart d’entre eux qui m’appellent « Oph » (enfin, dans leurs têtes c’est Off) et J. qui m’appelle « Monsieur » car il sait que je déteste « Madame » (d’ailleurs, certains élèves que je ne connais même pas viennent souvent me demander la permission d’utiliser ce surnom aussi pour les rares fois où ils me croisent), je m’en sors plutôt bien. Il y a aussi ceux qui ont décidé que mon nom de famille serait « Quinoa », parce que mon nom français est trop compliqué à dire pour eux et que, de toute manière, ça sonne un peu comme ça. Le jour où ils ont sorti cette connerie, le prof attitré leur a d’ailleurs dit que comme j’étais végétarienne, ça collait très bien. Comme quoi, les profs peuvent être cools, si on leur en laisse la chance. Personnellement, à partir du moment où je sais que l’usage de surnoms n’est en aucun cas moqueur ou péjoratif, je n’y vois aucun problème.

Je l’ai rapidement constaté, être un peu plus familière que la norme avec ces ados les a beaucoup aidé à se décomplexer vis-à-vis de nos sessions de speaking. Lorsqu’ils sont faces à moi, seuls ou en paires, on est tous sur le même plan. Cette distance prof-élèves, on la laisse dans la salle de classe, avec le professeur, et on s’en porte très bien. Mes élèves osent davantage prendre la parole, n’ont plus peur de dire des bêtises ou de se tromper, et ils savent que je ne vais pas me moquer d’eux. Evidemment, s’ils me balancent des traductions pourries, sorties tout droit de Google Translator, je ne peux pas m’empêcher de gentiment me moquer d’eux – ils ne se privent pas pour se moquer quand je fais une erreur de prononciation (je HAIS les noms de famille anglais/irlandais/écossais/gallois, dont la graphie n’a rien à voir avec la phonie, voilà). En classe, ils sont plus timides et réservés, et seuls les plus téméraires participent alors qu’avec moi, ils essaient. Je pense avoir trouvé un certain équilibre avec ces gamins que j’ai appris à connaître et à apprécier.

Bien évidemment, je pense que tout dépend des élèves, des écoles et du cadre de travail en général. Mais tant qu’ils font ce que je leur demande de faire en temps et en heure, je ne vois aucun problème à ce qu’on soit familiers entre nous. Le jour où je serai moi-même enseignante, toute cette familiarité sera vouée à disparaître, et je passerai dans la case « vous » et « Madame », mais j’ai encore le temps de profiter de ce lien privilégié que j’ai aujourd’hui avec mes élèves adorés. Car oui, je me sens privilégiée d’avoir cette relation avec eux. Pas tout à fait prof mais pas pote non plus. J’en ai déjà parlé dans un article sur le job d’assistant, mais cette proximité avec les élèves crée une relation très forte, basée sur du respect et de la confiance. Et si pour en arriver là, on doit passer par le tutoiement et les surnoms, ça me va tout à fait.

Lecteurs profs ou assistants, vous en pensez quoi vous ?

By Ophélie G.

Expatriée en Angleterre, à Stamford, puis à York, depuis septembre 2014, je partage mon quotidien chez les Anglais, mes (més)aventures ainsi que mes balades et découvertes. Parfois j’étudie aussi, pour être prof de français/espagnol dans le secondaire britannique !

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10 comments

  • SocheekExpat

    3 mai 2016 at 23:19

    Je ne suis ni assistante ni prof mais je suis complètement d’accord avec ton point de vue.
    J’ai souvent eu des responsables qui,dès le premier jour, t’annonce que « ici on se vouvoient et c’est comme ça! » Et comme tu dis on se sent « mal à l’aise » alors que je bosse souvent dans des petites boites! Quand j’ai été responsable à mon tour, on se vouvoyait avec mes collègues et je n’ai jamais eu de soucis de manque de respect ou quoi que ce soit. Les gens sont assez grands pour faire la différence!
    Bon maintenant que je vis en Irlande, plus de soucis avec ça! 🙂

    1. Ophélie G.

      4 mai 2016 at 09:17

      J’imagine que dans des petites boîtes, ça doit foutre super mal à l’aise ! En Angleterre, en général, je n’ai pas ce souci du « tu » ou « vous » mais à l’école, c’est une autre histoire.. xx

  • Lion Love Laugh

    5 mai 2016 at 10:46

    Merci pour cet article très intéressant ! Je ne suis pas tout à fait dans le même cas que toi, mais la question du vouvoiement/tutoiement a toujours été un problème pour moi, c’est pour ça que je préfère largement parler anglais je crois 🙂 Mais en France, je dois toujours décider si je dis « tu » ou « vous »… Mais comme tu l’as dit, le tutoiement peut tout à fait aller avec le respect mutuel, alors c’est très souvent le choix que je fais 🙂

    1. Ophélie G.

      7 mai 2016 at 22:26

      Je préfère largement l’anglais au français en ce qui concerne la question du « tu »/ »vous » ! Je pense que l’usage de l’un ou de l’autre, c’est une question de limite imposée dès le début, et puis voilà. 🙂 Merci pour ton point de vue ! xx

  • Anaïs

    6 mai 2016 at 15:09

    Je suis complètement en accord avec ce que tu dis là! Le tutoiement et les petits surnom (ultra cool :p) permette d’installer une bonne relation et surtout une relation de confiance tout en restant dans le respect! Et ça c’est plutôt chouette :)!

    1. Ophélie G.

      7 mai 2016 at 22:26

      Tu résumes tout à fait ma pensée. 🙂 xx

  • Les Flâneuses

    10 mai 2016 at 08:08

    Justement j’avais lu quelque part qu’en français on se complique la vie alors qu’en anglais on s’adresse de la même façon à la reine ou à un enfant, grâce au « you ». Et je trouve ça effectivement beaucoup plus simple ! Je ne suis pas prof, j’imagine juste que si j’avais eu une assistante aussi cool durant ma scolarité, que j’aurais pu tutoyer, je l’aurais adorée 🙂

    Les Flâneuses ~Anaïs

    1. Ophélie G.

      10 mai 2016 at 13:26

      Le tutoiement, le vouvoiement.. On se complique franchement la vie en français – mais c’est une des raisons pour laquelle j’aime ma langue maternelle tiens ! Pleine de règles, d’exceptions, de jeux de mots. Une véritable poésie linguistique ! Je n’ai jamais eu d’assistant de langue pendant ma scolarité (sauf à la fac, mais c’était pour l’anglais donc c’était juste « you »), mais j’aurais adoré pouvoir le/la tutoyer si ça avait été le cas. xx

  • Kantutita – Birds and Bicycles

    12 mai 2016 at 09:44

    Ton témoignage est hyper intéressant!
    On dirait que tu as bien réussi à trouver une façon différente des profs d’entretenir une relation avec ces élèves 🙂
    J’ai trouvé trop malin ce que tu as dit, qu’en te tutoyant cela leur permettait de s’exercer à une autre conjugaison!!
    C’est vrai qu’en anglais, on ne se pose pas toutes ces questions sur le tu et vous – lors des situations sociales où tu ne sais pas lequel utiliser, et tu as peur de faire un faux-pas, j’avoue que j’envie les anglophones!

    1. Ophélie G.

      12 mai 2016 at 19:29

      L’anglais, c’est franchement moins prise de tête ! « You », et c’est tout ! Mes élèves ont parfois du mal à comprendre l’usage du « vous » formel d’ailleurs.. Je suis ravie que tu ais trouvé mon témoignage intéressant en tout cas. 🙂 xx

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