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Prof de FLE : bilan d’une première expérience

Prof de FLE : bilan d'une première expérience

Pour en avoir parlé il y a quelques semaines, vous savez probablement qu’en plus d’être assistante de langue, je suis prof de FLE depuis le mois d’avril. FLE, ça renvoie à « Français Langue Etrangère » : comprenez par là que je donne des cours de français à un public non-francophone (dans mon cas, un public britannique). 

Je rédige ce billet après être arrivée au terme de ma première série de cours : huit séances de deux heures chacune, auxquelles sont venues s’ajouter quatre séances de deux heures supplémentaires. En gros, un total de vingt-quatre heures de cours données à un groupe d’adultes débutants. Et quand je dis débutants, je parle de personnes qui ne savaient pas (ou à peine) dire « Je m’appelle X ». En gros, il y avait du boulot.

J’ai envie de revenir sur cette expérience dans l’enseignement, car c’était ma toute première. D’un, en tant que professeure, et de deux, avec un public adulte. Je pense que dresser un bilan peut être intéressant. A la fois pour moi, car cela m’oblige à réfléchir à ce que cette expérience m’a apportée, mais aussi pour vous.


Prof de FLE : les aspects négatifs

Je vais d’abord commencer par les points négatifs, ceux qui m’ont fait douter tout au long de ces semaines. Parce qu’autant être honnête, il y en a eu (et il y en a toujours).

Si vous ne le savez pas, je n’ai aucun diplôme en relation avec l’enseignement. Et encore moins avec le FLE. En effet, avant d’atterrir en Angleterre pour être assistante de langue, je n’avais pas la moindre envie de devenir enseignante. Ce job, je l’ai obtenu tout simplement grâce à ma nationalité française et parce que le français est ma langue maternelle.

Je sais que certains trouveront ça aberrant de confier un groupe d’élèves à quelqu’un qui a une expérience 0 et aucun diplôme, et je les comprends tout à fait. D’ailleurs, quasiment tous les points négatifs que je soulève par la suite sont directement liés à ce vide dans mon éducation.

Apprendre à enseigner, c’est dur.

En soi, enseigner n’est pas quelque chose de terriblement difficile. Par contre, apprendre à le faire s’est avéré bien plus compliqué que je ne l’aurais pensé. C’est en commençant la préparation de mon tout premier cours que je me suis rendue compte que non, il ne suffisait pas d’être française pour être capable d’enseigner le français. Loin de là. C’est bête, mais j’avais cette idée saugrenue que tout le monde était capable de faire une chose pareille. Pas du tout. Enseigner la grammaire et ses exceptions, la phonétique et ses irrégularités, le lexique et ses déclinaisons, tout en donnant un aperçu culturel du monde francophone, c’est difficile. Ça nécessite une appréhension préalable et des connaissances que je n’ai pas acquises au terme de mon Master recherche, et qui m’ont fait cruellement défaut. D’ailleurs, si quelqu’un a des ouvrages à me conseiller à ce sujet, je suis preneuse !

Préparer un programme, c’est difficile.

J’étais limitée dans le temps (seize heures de cours au total, à la base) mais aussi en moyens. L’académie pour laquelle je bosse n’a en effet aucun manuel de FLE, ce qui rend la préparation difficile. Ce qui m’a le plus freinée au départ, c’était de m’organiser et de trouver par où commencer. Quelles notions aborder ? Et comment ? Quelles activités faire ? Comment parvenir à un développement logique ? Si j’ai réussi sans peine à écrire plus d’une centaine de pages sur le symbolisme de la pomme dans les légendes arthuriennes médiévales (il était cool mon sujet de mémoire, hein 😀 ?), préparer un cours de français pour des débutants s’est révélé d’une difficulté sans borne. Cela m’a vraiment démoralisée au départ.

Préparer ses cours, ça prend du temps.

Je serais incapable de vous dire combien de temps m’a été nécessaire pour préparer chacun de mes cours, mais je peux vous dire que c’est une activité qui est très time-consuming, à défaut d’avoir un terme français adéquat. Entre établir un plan plausible et logique et trouver les activités à faire, c’est une horreur. Mes débuts en tant que prof de FLE ont été très chaotiques à ce niveau-là. Il me fallait parfois une journée complète pour finaliser un cours de deux heures. Là encore, le manque de notions méthodologiques s’est fait cruellement ressentir.

Savoir gérer une classe, c’est loin d’être inné.

Autant j’arrive très bien à gérer mes adolescents cheeky et un peu relous à l’école, autant j’ai trouvé ça difficile de gérer un groupe d’adultes. Pas dans le sens où ils étaient chahuteurs, mais dans le sens où il m’était parfois difficile d’alterner entre dialogue de groupe et dialogue individuel de façon à ce que chacun se sente intégré. Au fil des leçons, je pense y être parvenu, mais ce n’était pas gagné dès le départ.


Prof de FLE : les aspects positifs

Fort heureusement, cette première expérience en tant que prof de FLE a présenté de nombreux aspects positifs. L’angoisse des premiers cours a rapidement fait place à un engouement très sympathique même. Ce qui est toujours appréciable, pour les élèves comme pour moi.

Mes élèves ont apprécié mes cours.

Je ne dis pas ça pour me vanter mais c’est un fait. C’est d’ailleurs eux qui ont fait la demande de poursuivre après les huit séances réglementaires, comme quoi. C’est quand même rassurant – au départ, j’étais très angoissée avant de donner le cours : peur que les élèves s’ennuient ou n’apprennent rien, peur de m’emmêler les pinceaux, peur de parler trop vite. Au final, tout s’est très bien passé.

Créer une relation prof-élève, c’est chouette.

Au bout de deux ou trois cours, je me suis rendue compte que plus j’angoissais, plus je me prenais la tête pour pas grand-chose. A partir du moment où j’ai un peu lâché la bride envers mes propres exigences, mes cours se sont bien mieux passés. Mes élèves prenaient autant de plaisir que moi à être dans cette salle de classe, à papoter en français tout en buvant du thé. Notre relation prof-élèves s’est relâchée, et les cours sont devenus moins stricts et ont évolué vers un cadre plus sympa. D’ailleurs, pour notre dernier cours, nous avons parlé expressions courantes et insultes/injures – on s’est bien marrés.

Apprendre sur le tas, c’est être obligé d’apprendre de ses erreurs.

Car oui, des erreurs, j’en ai faites et plutôt deux fois qu’une. Mais chacune d’entre elle m’a appris des choses, m’a faite évoluer dans le bon sens. Maintenant, je suis plus sûre de moi quand j’aborde un nouveau thème ou que je présente une nouvelle activité. J’arrive même à prendre ça à la légère quand une de ces nouvelles activités ne fait pas l’unanimité en classe. Si c’est le cas, je le note et je réfléchis à la manière de l’améliorer, sans pour autant me dire que je suis nulle et que mes idées sont pourries (oui, je suis la reine pour me descendre toute seule).

J’ai appris beaucoup de choses grâce aux autres.

Aussi bien sur le plan personnel que sur le plan de l’enseignement. Ce que je veux dire par là, c’est que devenir prof de FLE m’a obligée à aller vers les autres. A aller demander des conseils et du soutien aux bonnes personnes. J’ai ainsi appris à préparer un programme, à préparer des cours mais surtout, à le faire de manière réfléchie et logique. Préparer un cours ne me demande plus autant de temps qu’au début.


Un bilan plutôt positif donc, pour une expérience que j’ai adorée. D’ailleurs, je reprends du service à la fin du mois de septembre. Si la demande est  suffisante, j’aurais trois groupes à ma charge : un pour les débutants, un pour les improvers (ceux qui continuent) et un pour les intermediates (qui ont un niveau A2-B1 selon l’académie). Autant vous dire que le défi est de taille puisque j’aurai donc le triple de préparation à faire. Le temps de préparation des cours étant ma bête noire, je vais essayer de prendre de l’avance sur ce point. J’entends par là, profiter du mois d’août pour m’avancer dans la préparation de ces cours et la recherche d’activités. Sans oublier la lecture d’ouvrages méthodologiques pour y voir un peu plus clair.

Je ne peux évidemment pas clôturer cet article sans remercier Kenza et Marion, dont le soutien et l’aide sans faille m’ont été très précieux. Merci infiniment les filles, c’est en partie grâce à vous que cette expérience s’est révélée très sympa. ♥

Profs de FLE ou autre, c’était comment, votre première expérience ?

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18 Commentaires

  • Reply Kenza

    Cet article me renvoie il y a des années en arrière 😀 Je suis contente que ça t’ait plu… et que tu continues ! pourquoi pas un petit DU à distance l’an prochain pour avoir des bases méthodologiques ?

    2 août 2016 at 09:21
    • Reply Ophélie G.

      J’y ai pensé figure-toi.. Il faut vraiment que j’y réfléchisse. 😉 xx

      2 août 2016 at 18:54
      • Reply Kenza

        Ca te serait utile pour le PGCE aussi je pense 🙂

        4 août 2016 at 17:29
        • Reply Ophélie G.

          Oui, je pense aussi.. C’est une idée à creuser !

          9 août 2016 at 12:01
  • Reply Marion

    Heyyyy mais il est super cool ce bilan!!!! Je suis super contente de voir que ca s’est bien passé et surtout que ca t’a plu!!!! 🙂

    3 août 2016 at 01:47
    • Reply Ophélie G.

      Tu as vu ça 😀 ? Je ne m’attendais pas à autant aimer ça, j’allais aux premiers cours avec une boule au ventre. Maintenant, je piaffe d’impatience à l’idée de retrouver mes élèves. 😀 xx

      3 août 2016 at 10:16
  • Reply Lunefulle

    C’est dingue ! Je ne savais pas du tout qu’on pouvait etre prof de FLE sans diplomes (mais en meme temps on est sensé gérer notre langue maternelle quand meme).. J’aurais presque envie de tenter l’experience moi aussi !

    3 août 2016 at 09:53
    • Reply Ophélie G.

      Je pense qu’à l’étranger, c’est facile de trouver ce boulot. Certaines écoles ne sont pas regardantes sur le degré de diplômes. D’un côté, je trouve ça sympa d’avoir l’opportunité d’exercer un emploi sans expérience mais d’un autre, je trouve ça un peu injuste envers ceux qui ont fait les études pour. En plus, parler français ne veut pas dire qu’on sera bon pour l’enseigner… Néanmoins, je te conseille d’essayer si tu en as la chance, histoire de voir ce que ça donne ! 🙂 xx

      3 août 2016 at 10:18
    • Reply Kenza

      censé avec c ! C’est un vrai métier prof de FLE, avec des diplômes (8 ans d’études pour ma part !) mais effectivement l’expérience pédagogique par ailleurs (comme celle d’Ophélie dans son lycée anglais) permet des passerelles qui peuvent pallier le manque de diplômes. Enseigner ne s’improvise pas, en France ou ailleurs, le français comme les maths…

      4 août 2016 at 17:31
  • Reply Tiphaine

    Bien joué ! Ma mère est prof (en maternelle) et quand je la vois préparer sa classe et ses ateliers, je n’ai jamais eu envie de faire la même chose. Je comprends donc la plupart de tes points négatifs. Mais ravie que cette expérience te plaise ! Tu as la fibre enseignante 😉

    3 août 2016 at 13:03
    • Reply Ophélie G.

      Je comprends que cet aspect-là de la profession puisse en refroidir certaines.. 😉 xx

      9 août 2016 at 11:59
  • Reply Eleanor

    Et oui, enseigner est un métier qui s’apprend 😉 et un peu plus chaque jour 😉 Ton article reflète très bien les réalités de ce métier parfois difficile, mais si passionnant et enrichissant. Pour la préparation des cours, tu verras qu’avec le temps, tu iras de plus en plus vite. Le plus important est que tu aimes enseigner et transmettre à tes élèves, et ça, c’est vital quand on fait ce métier !

    Mon parcours est différent du tien parce que, si je suis une nouvelle prof de FLE depuis un an et mon expatriation en Suisse, je ne suis pas pour autant une débutante dans l’enseignement. J’ai le CAPES en Histoire-Géo et j’ai enseigné pendant sept ans en France avant d’arriver en Suisse. Je me suis reconvertie en prof’ de français car j’ai trouvé quelques opportunités au fil des mois, et il se trouve que j’adore enseigner le Français, de plus en plus même ! Je réfléchis même à faire un DU à distance, mais j’hésite encore car j’ai peur de manquer de temps et d’avoir du mal à redevenir étudiante après toutes ces années ! Pour le moment, j’arrive à travailler (pas à temps plein certes) sans donc…

    Bel article en tout cas 🙂

    11 août 2016 at 09:26
    • Reply Ophélie G.

      C’est un joli parcours que tu as fait dis donc ! Je trouve ça sympa que tu ais changé en cours de route, ça doit être super enrichissant (surtout l’Histoire-Géo *-*). Tu devrais te renseigner pour le DU, j’en parlais justement avec une amie, ça peut être très utile pour la profession. En tout cas, merci de ton témoignage 😀 xx

      11 août 2016 at 11:04
  • Reply Sabine

    Joli bilan !
    Moi aussi j’ai eu ma première expérience l’année dernière 🙂 J’ai beaucoup aimé et préparer mes cours me prenait, comme toi, des heures ! Mais je n’ai pas continué car on a déménagé et aussi parce que je ne me sens pas très légitime dans ce métier. Pourtant j’ai déjà enseigné à la fac pendant quelques années. Aujourd’hui j’hésite à passer mon DAEFLE, c’est pratique d’être prof quand on est conjoint d’expat mais même si cela me plait, je me demande aussi si c’est vraiment ça que je veux faire dans ma vie ! C’est pas simple 🙂 Merci pour ton retour en tout cas 🙂

    16 août 2016 at 05:45
    • Reply Ophélie G.

      Je pense que ça se réfléchit. Franchement, je pense que ça vaut le coup de réessayer l’enseignement. Surtout que la langue française a l’air d’être une langue en vogue en Australie. 😉 Je suis en pleine préparation de mes cours pour la rentrée, et plus j’avance, moins ça me prend de temps ! 😀 xx

      16 août 2016 at 17:38
  • Reply Anaïs

    Ce petit bilan est plutôt cool, malgrès les petits point négatifs, je suis contente que cette expérience t’es plu! Très enrichissante!
    PS: J’adore apprendre des gros mots à mes potes étrangers, beaucoup d’histoires très drôles à ce sujets XD!

    2 septembre 2016 at 17:46
    • Reply Ophélie G.

      Les gros mots, c’est LA VIE ! Ça fait partie du quotidien, on ne va pas s’en priver. 😀 xx

      2 septembre 2016 at 20:37

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