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La vie privée mise à mal par les réseaux sociaux

La vie privée mise à mal par les réseaux sociaux

Si vous suivez le blog de Kenza, Cups of English Tea, vous vous souvenez probablement d’un article similaire publié en janvier. Loin de moi l’idée de copier sa pensée, mais il m’est récemment arrivé quelque chose de semblable dont j’avais envie de parler aujourd’hui. Avec l’omniprésence des réseaux sociaux, est-il quand même possible d’avoir une vie privée ?

Tout commence avec une photo…

Il y a quelques jours de cela, alors que j’étais avec deux élèves d’année 11 pour parler de je-ne-sais-même-plus-quoi, l’un deux m’a dit d’entrée de jeu « How was your meal in Mildred’s by the way ? ». J’avoue que ça m’a laissée sur le cul, tellement je ne m’y attendais pas. J’ai beugué pendant quelques instants, me demandant comment cet adorable blondinet avait appris que j’avais dîné dans ce restaurant londonien à peine quelques jours auparavant, puisque je ne lui en avais touché mot (ce qui appartient à la sphère privée se doit de le rester). Puis il m’a avoué avoir vu ma tête s’afficher sur son mur Facebook. Second choc.

Cet élève et moi ne sommes pas amis sur Facebook et je pensais mon compte bloqué : j’ai changé de nom, personne ne peut avoir accès à mes informations (sauf si je les donne), ni à mes photos, et pourtant, cette fichue photo postée par l’une de mes amies a trouvé son chemin vers le profil d’un de mes élèves. La voilà la réponse : si l’un de mes amis poste une photo et me tague, s’il n’a pas bloqué son compte, les amis de mes amis peuvent aussi y avoir accès. Un peu problématique tout ça, pas vrai ?

Le fait qu’il ait vu cette photo en particulier n’est pas un problème en soi – il se doute bien que j’ai une vie sociale et je fais des grimaces quand je suis entre amis. Ce qui m’a gênée, c’est que j’ai senti ma sphère privée voler en éclats. Ni plus, ni moins. Avec juste quelques mots prononcés avec gentillesse et intérêt, ma pseudo-vie privée a échappé à mon contrôle. Parce que je pensais sincèrement que j’avais une vie privée, et que je la contrôlais parfaitement, à tous points de vue. Sauf que voilà, je me suis plantée sur toute la ligne.

De fil en aiguille

Quelques minutes après cette révélation, le second élève m’a avoué que quelqu’un avait trouvé mon compte Instagram – pas lui, a-t-il tenté de me rassurer, mais un autre élève hein. Etonnement, ça ne m’a moins gênée que le coup de Facebook, alors que le problème est le même, sinon plus grand. Parce que via ce compte Instagram, ils peuvent avoir accès à mon blog, et à Twitter et Pinterest par la même occasion. Vous le sentez venir, le coup du cercle vicieux ? Même avec un nom aussi alambiqué que « Evilfromparadize », mes élèves ont réussi à me trouver sur tous les réseaux sociaux sur lesquels je suis inscrite (enfin presque, Snapchat leur a, pour le moment, échappé, je croise les doigts !). Tout ça à cause de la localisation d’une de mes photos Insta. L’idée a de quoi donner le vertige, tant cette spirale infernale est irréversible. Très honnêtement, je sais que ça va les amuser quelques temps, puis qu’ils vont se lasser, comme pour chaque truc marrant qu’ils « trouvent ».

Imposer des limites ?

Mais voilà. J’ai toujours fait partie de ces gens outrés par ceux qui laissent leurs différents profils en « open bar », qui expose leur quotidien, leur vie privée aux yeux de tous sans le moindre problème. Sauf que là, je suis devenue l’une de ces personnes sans limites, même si ça a été malgré moi. J’aurais peut-être dû être plus prudente avec tout ça, mais je n’y pensais pas vraiment. Là, tout est remis en question. J’hésite à mettre mon compte Instagram en privé, à refuser le moindre tag sur Facebook, a bloquer mon compte Twitter.

En même temps, je n’en ai pas envie, parce que j’aurais un peu l’impression de me couper du monde. Les réseaux sociaux me permettent d’échanger, de partager, de rencontrer de nouvelles personnes et limiter l’accès d’autrui à tout ça, c’est me renfermer sur moi-même, redevenir cette personne associable qui refuse de s’ouvrir aux autres. Et ça, c’est quelque chose que je me refuse, pour mon bien-être mental.

Et la loi, alors ?

Une autre chose qui me gêne également, à juste titre, c’est qu’en Angleterre, le rapport prof/élève est radicalement différent du système français, dans le sens où la protection de l’enfance est quelque chose de primordial. Impossible de travailler avec des enfants sans avoir préalablement fourni un casier judiciaire vierge par exemple (en l’occurrence, deux pour moi : le français et l’anglais). On nous rabâche les oreilles lors des journées de formation et dans les mails officiels du programme, que ce soit le CIEP ou le British Council, on ne touche pas aux enfants et on ne devient pas proches d’eux. C’est la règle ultime qu’il faut observer, sous peine de mort. J’exagère vraiment qu’un tout petit peu là. Par extension, on ne doit pas avoir de contacts (autres que professionnels, cela va sans dire) avec ses élèves en dehors de l’école.

Et donc avec tout ça, je suis un peu perdue. Malheureusement, il n’y a rien que je puisse faire dans l’immédiat si ce n’est attendre qu’ils se lassent. J’essaye de me rassurer en me disant que, quelle que soit la plateforme dénichée par ces mauvais garçons, je n’y dis jamais rien qui pourrait me porter préjudice : je ne mentionne aucun élève, n’expose pas ma vie strictement privée. Au pire, ils apprennent où je passe mes weekends et avec qui, rien de bien méchant.

Pour finir

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, nous sommes dans une époque incroyablement délicate où tout se sait, partout, par tout le monde. Les réseaux sociaux sont très utiles, je ne le nie pas, mais représentent une certaine limite vis-à-vis de la sphère privée. Dans ce monde numérique où tout avance à cent à l’heure, il est difficile de se créer une bulle impénétrable. Je l’aurais appris à mes dépends, mais je ne suis pas un modèle de perfection à ce niveau-là, à mon plus grand dam d’ailleurs. Avoir une vie privée aujourd’hui, cette douce utopie.. :’)

Il y a quand même un côté positif à retenir dans tout ça : mes élèves ont enfin appris à correctement épeler mon prénom – j’ai vu de ces épellations à faire pleurer le dictionnaire des noms propres.

Vous faites comment vous, pour séparer votre vie privée du reste ?

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16 Commentaires

  • Reply Frenchie au Canada

    C’est vrai que c’est complique, surtout pour toi en temps que prof. Je me pose beaucoup la question avec le blog, meme si je n’utilise pas mon nom complet et que je ne le lie a aucun compte perso. Apres comme tu dis, ils se lasseront probablement rapidement

    2 février 2016 at 16:19
    • Reply Ophélie G.

      Oui voilà. Je me suis fait une raison depuis, et je relativise par rapport à tout ça ! De toute façon, impossible d’échapper à une telle chose aujourd’hui. xx

      2 février 2016 at 20:37
  • Reply Marion

    C’est vrai que ça fait froid dans le dos.

    2 février 2016 at 17:46
  • Reply Kenza

    Oh t’inquiète, évidemment que tu peux parler du même sujet, tu as besoin d’évacuer ce qui t’arrive, c’est normal !
    Y a-t-il des connexions entre cet ami et tes élèves ?
    Et pour Instagram… essaye de le relier à l’email de ton blog comme ça, ça limitera les prochains dégâts (j’ai découvert à mes dépends via ma mentor que mon avatar IG s’était dupliqué comme avatar sur mon Yahoo, j’étais pas contente) et évite les géolocalisations trop évidentes. Mon blog est aussi en lien mais dans les faits, mes amies n’ont jamais été voir. Il y a comme tu dis l’attrait de la nouveauté et de l’interdit mais ne t’inquiète pas. Tu ne professes rien d’illégal, rien d’interdit, « ouah miss is reading a book on her bed », l’OFSTED ne va pas te mettre à pied promis 🙂
    Mais ne passe pas tout en privé, tu y perdrais en échanges, et finalement même avec eux ça t’a fait échanger aussi… bisous !

    2 février 2016 at 18:45
    • Reply Ophélie G.

      Encore une fois, merci pour tout Kenza, ton aide et ton soutien me sont très précieux !
      Je m’en vais de ce pas changer l’email liée à mon compte IG, histoire de limiter la casse. Mais j’ai renoncé à l’idée de bloquer mes comptes – ça ne m’apporterait rien de bon et ils ont déjà vu ce qu’il y avait à voir. Je tiens un minimum à cette sociabilité durement acquise.. 😉 Des bisous ! xx

      2 février 2016 at 20:39
  • Reply Audrey Moo

    Wahou c’est incroyable comme on trouve tout sur internet. Il est vrai que moi même j’ai le réflexe de « Googler » les gens à la moindre occasion (une personne qui me vient de m’appeler par exemple etc…) et j’arrive presque toujours à trouver la personne recherchée de fil en aiguille. Mon conseil est simple : avoir deux identités en ligne voire plus ! Sur LinkedIn, twitter et autres réseaux sociaux pro je mets mon nom et pas mal d’infos. Du coup, les personnes qui me cherchent vont trouver beaucoup d’infos sur moi plutôt valorisantes (études, travail, compétences, récompenses etc…). En revanche sur les réseaux sociaux persos (facebook, instagram etc…) j’utilise un pseudonyme connus que des personnes qui me connaissent. Je pense donc que pour éviter que les gens trouvent tes infos persos, il faut que toi même tu mettes beaucoup d’infos sur toi qui te valorisent et qui sont plutôt neutres ou professionnelles pour un peu noyer le poisson. En tout cas c’est ce que je fais mais j’avoue ne pas avoir du tout le même contexte professionnel que toi, ni tant de pression ! Difficilement comparable donc.

    2 février 2016 at 20:36
    • Reply Ophélie G.

      Merci pour ce partage d’expérience, c’est toujours sympa de découvrir comment d’autres personnes s’organisent contre ce fléau qu’est la modernité ! Je vais prendre en compte tes conseils et modifier quelques paramètres, histoire de me sentir moins « stalkée » par ces chères têtes blondes ! xx

      2 février 2016 at 20:58
  • Reply Aemilia

    Moi j’ai deux comptes facebook : le « vrai » (avec un pseudo + nom de naissance), et le « faux » (avec prénom + nom d’épouse) où j’accepte des ANCIENS élèves mais qui ne sert quasiment qu’à faire diversion :-p
    Le problème, c’est que quelques collègues/amis facebook acceptent sur le compte les élèves actuels…

    Et sinon, en France aussi il faut fournir un extrait de casier judiciaire (c’est d’ailleurs à peu près tout ce qu’on te demande…) 🙂

    2 février 2016 at 21:15
    • Reply Ophélie G.

      Pas bête cette histoire de Facebook.. Ceci dit, je n’y vais que très rarement, donc je ne pense pas que ça soit utile pour moi. x)
      Et je ne savais pas pour le casier judiciaire en France, je vais me coucher moins sotte ! xx

      2 février 2016 at 21:22
  • Reply Tara B.

    Difficile exercice en effet que de séparer sa vie privée, encore plus lorsqu’on a un métier « exposé » ou « public », et son identité de blogueuse… J’ai choisi un cloisonnement assez sévère : pseudo pour écrire, comptes FB séparés, traque à toute information qui pourrait révéler où j’habite, qui sont mes enfants, etc… Parfois j’ai l’impression d’être un peu parano, mais je tiens trop à ce que mes écrits – même bien innocents – n’interfèrent en aucun cas avec ma pratique professionnelle. Et pour l’instant j’ai l’impression que ça marche à peu près… 😉

    3 février 2016 at 00:08
    • Reply Ophélie G.

      Je comprends tout à fait ce besoin de séparer vie privée et vie professionnelle. Surtout avec des enfants ! Mais j’avoue que jusqu’à présent, le problème ne s’était pas présenté, et je n’avais jamais imaginé que cela puisse se produire.. xx

      3 février 2016 at 09:20
  • Reply Kantutita - Birds and Bicycles

    L’expérience que tu racontes touche à quelque chose de si sensible aujourd’hui!
    On partage plein de choses sur les réseaux, et en même temps on n’aimerait pas que nos contacts de la vie pro puissent y avoir accès… Pfff, quel casse-tête quand on est prof en plus non?
    … le seul avantage que je vois, c’est que s’ils tombent sur ton blog, tes élèves devront faire bien des progrès en français pour pouvoir le lire non? 😛
    C’est un vaste sujet en tout cas…

    3 février 2016 at 16:37
    • Reply Ophélie G.

      C’est clair, si mes élèves décident de venir faire un tour par ici, ils devraient faire du progrès pour comprendre.. 😉
      Cette barrière entre vie privée et vie professionnelle devient de plus en plus dure à maintenir et a tendance à disparaître à cause de tous ces « réseaux sociaux ». On a beau faire attention,il y aura toujours quelque chose qui nous échappe. Si on tape mon prénom + nom complet sur Google, on arrive même à tomber sur mes résultats de compétition de judo d’il y a au moins dix, voire quinze ans ! C’est incroyablement chiant, mais on n’y peut pas grand chose.. xx

      4 février 2016 at 08:54
  • Reply Anaïs

    Alors évidemment j’arrive toujours avec mille ans de retard en ce moment, mais j’ai vraiment trouvé ton article intéressant! C’est vrai qu’avec les réseaux sociaux tout ce sait plus ou moins aujourd’hui, d’ailleurs j’avais beaucoup aimé cette vidéo qui démontre parfaitement le côté pervers des réseaux sociaux https://www.youtube.com/watch?v=mVH2CBufKBU
    Je pense que la vidéo ce suffit à elle-même. Je pense aussi qu’il faut continuer de faire attention à ce que l’on publie, malgrès tout.. Les réseaux sociaux ont de bons côtés, mais il y à aussi cette part là. Comme partout on retrouve des avantages et des inconvénients..

    En tout cas merci pour ce superbe article chaton!

    23 février 2016 at 22:56
    • Reply Ophélie G.

      Vaut mieux tard que jamais, comme on dit 😉 !
      Merci pour le partage de la vidéo, c’est super sympa ! 😀 A partir du moment où on fait attention, ça limite les dégâts..
      Bisouuuus ! ♥ xx

      25 février 2016 at 18:17

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