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Chroniques du logement

J’ai habité un logement insalubre à Glasgow

J’ai habité un logement insalubre à Glasgow

Depuis que j’ai déménagé à Stamford en septembre 2014, je ne parle quasiment que des bons côtés de ma vie d’expatriée. La vérité, c’est que j’aime tellement cette vie que je me suis construite en Angleterre que je n’y retrouve pas grand-chose à dire de vraiment négatif. Pourtant, j’ai connu des problèmes d’expatriée – mais pas à Stamford. C’était à Glasgow, et il faut remonter à 2011-2012 pour connaître l’histoire. Préparez-vous à un pavé, parce que j’ai des choses à vous raconter aujourd’hui sur le logement.

Je l’ai dit dans un article « bilan », mon année à Glasgow a été plutôt mitigée. Le point négatif principal ? Le logement que j’occupais. J’avais tout juste 21 ans quand j’ai fraîchement débarqué dans la plus grande ville d’Ecosse. J’étais avec une amie de fac (dieu soit loué), et c’est ensemble que nous avons entrepris de trouver un logement. Nous avions dans l’idée une colocation avec des gens non-francophones, et ça a été un véritable périple d’y parvenir (je n’ai franchement pas très débrouillarde à cette époque).

Trouver un logement

Il nous aura fallu plusieurs semaines pour trouver un endroit décent où habiter. Trois longues semaines un peu déprimantes passées en auberge de jeunesse, à écumer les petites annonces et à téléphoner aux propriétaires. On en a visité plusieurs, mais sans tomber sur quelque chose de potable. Le pire, ça a été cette maison habitée par un couple polonais-russe : meubles désuets, lampes brisées et le pompon, un journal en russe sur lequel quelqu’un avait dessiné des corps démembrés avec beaucoup de sang. On est presque parties en courant.

A force de persévérance, on a fini par dénicher un appartement plutôt chouette : très grand, pouvant accueillir six personnes et idéalement situé près de l’université. Sauf que voilà, le propriétaire voulait qu’on paie l’intégralité du loyer (six fois £350, ça fait beaucoup pour deux pauvres étudiantes), ou qu’on trouve des gens pour habiter avec nous. Désespérée de trouver quelque chose, on a fini par opter par la seconde solution et Facebook nous a été très utile. Un appel au secours posté sur plusieurs pages, quelques mails échangés et ça y est, nous avions trouvé des étudiants intéressés pour visiter l’appartement avec nous. Deux Françaises, un Espagnol, un Italien, deux Ecossais, ça promettait d’être plutôt sympa, non ?

Tout avait l’air vraiment bien : l’appartement venait d’être refait, il était partiellement meublé et vraiment très grand (suffisamment pour qu’on ne se croise pas forcément, même en étant six). Un appartement sur deux étages plutôt bien fait : six chambres, deux cuisines, deux salles-de-bain, deux pièces inutiles (dont une qui a fini en « drinking room ») et un immense hall. Le seul inconvénient, c’était qu’il se trouvait au troisième étage d’un grand bâtiment, mais on s’en foutait un peu (sauf quand on rentrait de soirée un peu trop éméchés).

Quelques heures plus tard, la caution était déposée, le premier loyer payé et on pouvait déposer nos valises. C’est là que les vrais ennuis ont commencé.

Des factures mirobolantes

Le propriétaire, dont je reparlerai par la suite, était un connard. Voilà, c’est dit. C’est nécessaire que vous ayez l’idée pour comprendre la suite de l’histoire. Il voulait absolument inclure la Council Tax (taxe d’habitation) dans le loyer, et le faire ainsi monter. Mes colocs écossais s’y sont farouchement opposés (j’avoue que nous autres européens ne comprenions pas trop cette histoire). Il s’est avéré que comme nous étions tous les six étudiants, nous étions exonérés de cette taxe, qui s’élevait à plus de £2500 quand même ! Si nous avions versé cet argent au propriétaire, nous l’aurions juste perdu (sans possibilité d’en revoir la couleur un jour ou l’autre). Donc pour ceux que ça concerne : si vous partez au Royaume-Uni dans le cadre de vos études, veillez bien à habiter avec des étudiants pour ne pas payer cette foutue taxe qui coûte un bras.

Tous les trois mois, nous recevions la facture d’eau et la facture d’électricité. Or, pour la première facture, on nous demandait de payer les mois précédents notre emménagement. On a dû se battre avec férocité pour faire valoir nos droits, et économiser plus de £1500. Ne me demandez pas ce qu’ils ont fait avec l’eau et l’électricité avant qu’on arrive (personne n’habitait dans le logement, il était en réaménagement), je n’en sais rien.

Se faire cambrioler pendant la nuit de Guy Fawkes

Si vous avez lu l’article où je parle des maisons anglaises, vous savez que le système de verrouillage des portes d’entrées est vraiment différent du système français : quand on ferme la porte derrière soit, elle se verrouille automatiquement. Gare à bien prendre ses clés avec soi ! Bref, depuis notre arrivée, on harcelait le propriétaire pour qu’il fasse changer le verrou de la porte d’entrée, qui était très facile à forcer (une carte bleue glissée dans l’interstice était suffisante, un des garçons nous l’avait prouvé). Il a fait la sourde oreille.

Après une superbe journée à crapahuter sur les rives du Loch Lomond, des amis et moi étions allés voir les feux d’artifices de la Guy Fawkes. En rentrant, coincés dans les embouteillages, un des garçons m’appelle. Je n’ai jamais compris aussi rapidement une phrase en anglais de toute ma vie : « You need to come home NOW, someone broke into the flat. »

On a bien évidemment mis trois plombes à rentrer à cause de ces foutus feux (j’ai d’ailleurs longtemps gardé un mauvais souvenir de Fawkes). Bref, une nuit à raconter l’histoire aux flics, en long, large et en travers. Le pire dans cette histoire, c’est que le coloc qui m’a appelé était dans l’appartement au moment du cambriolage, mais comme on allait et venait sans arrêt, il ne s’est pas inquiété avant que le gars fasse irruption dans sa chambre. Mine de rien, ça aurait pu mal vraiment mal tourner (et tout ça pour une histoire de serrure).

Il y a eu de nombreux cambriolages cette nuit-là, vu que la grande majorité de la population assistait aux festivités. Autant vous dire que cette nuit-là, on n’a pas beaucoup dormi.

Deux semaines après, on a retrouvé le gars de la maintenance en train de changer la serrure de la porte d’entrée. Il en a mis aussi sur nos portes de chambres. On avait menacé le propriétaire, ça a dû jouer.

Un hiver écossais sans chauffage

Deuxième problème : le chauffe-eau ne fonctionnait pas correctement. Résultat, on avait de l’eau chaude mais pas du tout de chauffage. Quand les garçons avaient demandé au mec de la maintenance pourquoi d’après lui les radiateurs étaient froids si tout marchait correctement, il leur avait répondu que c’était une mesure de protection, pour ne pas que les enfants se brûlent. Une véritable blague cet homme.

Le propriétaire a estimé que changer ou réparer le chauffe-eau serait trop cher (bah oui, quand on a un revenu supplémentaire de £2100 tous les mois, on est pauvre, c’est évident), il a décidé d’installer des radiateurs électriques. Autant vous dire qu’on n’était pas du tout ravis. D’une part parce que l’électricité était à notre charge (et que ça nous coûtait déjà très cher) et d’autre part parce que ces radiateurs n’étaient pas neufs (du moins, je ne pense pas que les radiateurs flambant neufs soient livrés avec dix centimètres de poussière à l’intérieur).

Résultat, un soir d’hiver où il faisait vraiment froid, ma coloc a craqué et a allumé son radiateur : il a pris feu. Les garçons ne sachant pas d’où ça venait ont littéralement enfoncé ma porte de chambre, avant de se rendre compte que c’était dans l’autre chambre. Au final, plus de peur que de mal. Nous n’avons plus jamais rallumé ces foutus radiateurs.

En plus de ça, il n’y avait pas de double vitrage aux fenêtres, et c’était très mal isolé. En hiver, il est arrivé plus d’une fois qu’il fasse plus froid à l’intérieur que dehors (le pire, c’était la nuit). Je souffre de la maladie de Raynaud : quand il fait trop froid, les artères capillaires de mes doigts ont des spasmes et le sang ne peut pas circuler. Mes doigts deviennent tout blanc ou noir et je perds ma sensibilité (ça reste quelque chose de bénin, plus chiant que douloureux). A cause des basses températures de l’appartement, c’est devenu de pire en pire.

Prendre une douche dans ces conditions relevait de l’épopée. Les salles-de-bain étaient si froides qu’il fallait faire couler un maximum d’eau chaude pour réchauffer la pièce, et s’engouffrer dans la cabine de douche pour profiter d’un peu de chaleur (bonjour le gaspillage !).

Fort heureusement pour nous, l’hiver cette année-là a été bien plus doux que l’hiver précédent, où les températures à Glasgow étaient descendus à -20°C !

Un propriétaire malhonnête

La situation ne s’est pas améliorée au fil du temps, loin de là. Plusieurs fois nous avons voulu rencontrer le connard propriétaire pour lui parler de la situation, mais c’était impossible : l’adresse indiquée sur le contrat n’existait pas. Ou plutôt, elle existait mais correspondait à tout autre chose qu’une agence ou autre. Il a fait le mort, sauf les fois où quelqu’un avait un jour ou deux de retard pour payer le loyer.

A la fin de l’année scolaire, on n’en pouvait plus. C’était moralement épuisant de se battre pour vivre dans un endroit décent. On a donc été en parler à l’université pour voir ce qu’on pouvait faire. La dame a été adorable et nous a mis en garde : on n’était pas les premiers à se faire avoir par ce propriétaire peu scrupuleux (mais ça, personne ne le disait nulle part). Elle nous a même conseillé de ne pas payer le dernier loyer, car de toute façon, on ne récupérerait jamais nos cautions respectives. C’est ce qu’on a fait, et on a reçu menaces sur menaces. En plus de ça, mon coloc italien et moi-même estimions que le cambriolage revenait de la faute du propriétaire. S’il avait changé les serrures lorsque nous le lui avions demandé, nous n’aurions pas été cambriolés. Comme Dani et moi avions perdus nos ordinateurs dans l’aventure, nous avons refusé de payer un loyer supplémentaire – mais là, le propriétaire n’a pas vraiment réagi.

Par contre, quand personne n’a payé son derniers loyer, nous avons reçu des menaces verbales. Un soir, il nous a violemment fait peur en nous disant que le lendemain, il enverrait des gens pour soit récupérer l’argent qui lui était dû, soit nous virer (en nous faisant passer par la fenêtre sont ses mots). On a donc appelé la police pour lui rapporter tout ça – malheureusement, sans preuve écrite, difficile pour eux de faire quoi que ce soit. Le lendemain, on avait pris la décision de quitter l’appartement tôt le matin (après avoir placé nos affaires de valeurs chez un voisin méga cool), histoire d’éviter toute confrontation.

Installés dans un café juste en face, on a vu plusieurs inconnus monter et sortir, puis le gars de la maintenance. On a eu un méga coup de bol, deux policiers passaient à se moment-là. On leur a gentiment expliqué notre problème et ils sont monté voir. Et ils ont trouvé le gars de la maintenance qui changeait la serrure de l’appartement. Il a dû bien se sentir con en expliquant aux policiers que c’était nous qui avions demandé ce changement, car la porte ne fonctionnait pas bien et tout. Les policiers nous ont vraiment aidés sur ce coup-là, car quand ils ont entendu toute l’histoire, ils ont eux-mêmes appelé le propriétaire.

A partir de ce jour-là, et jusqu’à la fin du bail, nous n’avons plus jamais entendu parler de lui… Entre temps, j’avais déménagé chez une amie pour les quelques semaines qu’il me restait, car la situation était intolérable. Entre les examens finaux et les essais à rendre à la fac, je n’avais ni le temps, ni l’envie de me prendre la tête avec ces histoires sordides.

Un logement désuet

Et que dire de l’appartement en lui-même ? Les moquettes étaient agrafées au sol et passer l’aspirateur la décollait. Les fenêtres, mal isolées, étaient branlantes et ne fermaient pas toujours. Les détecteurs de fumée étaient désuets et ne servaient à rien (on en a la preuve quand il y a eu l’incendie dans la chambre de Flo). Le mobilier était tellement bas de gamme qu’on hésitait avant de s’asseoir sur les chaises. Sans oublier l’humidité, cette garce sournoise qui s’infiltre absolument partout, et contre laquelle tu ne peux rien (si ce n’est refaire toute l’isolation).

Bref, tout un tas de détails qui, bout à bout, ont rendu insupportable la vie à Glasgow. Fort heureusement, et pour finir sur une note positive, mes colocataires étaient géniaux et ont s’entendait tous à merveilles (sauf au sujet de la bière tiens). Nombreuses ont été nos sorties, nos soirées à l’appartement (plus il y avait de gens, plus il faisait bon :D). On a passé d’incroyables moments tous ensemble, et ces épreuves – parce que c’est comme ça qu’on les voyait à l’époque – nous ont vraiment rapprochés. On dit souvent qu’il faut plusieurs années avant de pouvoir rire d’une chose qui nous est arrivée. Quatre ans après, ça ne me fait toujours pas rire personnellement.

Si c’était à refaire, je resterais plus longtemps en auberge, histoire de trouver un lieu décent et surtout, sans mauvaises surprises. Enfin bon, au moins, j’avais une jolie vue de la fenêtre de ma chambre.

J’ai habité un logement insalubre à Glasgow

Au moins, j’avais une jolie vue de ma chambre..

Et vous, des déboires d’expatriation à me raconter ?

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12 Commentaires

  • Reply L.

    Quelle horreur cette expérience… Je vous trouve très courageux d’être restés l’année scolaire entière, je pense que j’aurais tout fait pour partir le plus vite possible après les premiers ennuis !
    La seule fois où j’ai vraiment eu des problèmes avec mon logement (j’habitais alors dans le sous-sol de particuliers, aménagé en un petit studio), je suis restée à peine quelques mois : j’avais des remarques continuelles comme quoi je « faisais du bruit » à 9 h du soir, je n’osais plus rien faire même en journée, je stressais les week-end où j’étais en déplacement pro et que je revenais très tard… alors que je suis quelqu’un de plutôt tranquille et pas du tout fêtarde. Plus jamais ! Se sentir un minimum bien où l’on habite est désormais primordial pour moi. Je croise les doigts pour le moment, mon premier logement d’expat n’est pas si pire 🙂

    20 septembre 2016 at 10:37
    • Reply Ophélie G.

      J’avoue qu’à cette époque, je n’étais franchement pas assez débrouillarde. J’avais tellement galéré à le trouver cet appart, que je ne me voyais pas du tout me lancer à la recherche d’un nouveau logement. Aujourd’hui, c’est clair que je ne ferais pas mes mêmes erreurs..
      Je vois que toi aussi tu as connu ton lot de problèmes de logement. La situation devait être intenable ! Je te rejoins sur cette idée, il faut se sentir bien chez soi ! xx

      20 septembre 2016 at 15:14
  • Reply Alex

    Ohlala je viens de lire toute ton aventure et… Pouah, ca craint! C’est vrai que c’est le genre d’expériences qui te fait grandir et qui t’apprends la vie mais tu es vraiment tombée sur un connard fini! Au moins, tu t’entendais bien avec tes colocs, c’est déjà ca! Enfin bon, je me revois un peu dans ton récit, j’ai aussi eu droit à des proprios peu scrupuleux…

    20 septembre 2016 at 11:01
    • Reply Ophélie G.

      Raconte, je veux savoir ce qu’il s’est passé avec ton proprio ! 😀 C’est quand même triste de se coltiner des connards sans scrupules je trouve.. xx

      20 septembre 2016 at 15:18
  • Reply Frenchie au Canada

    J’ai eu des galeres de logement aussi en Ecosse, mais finalement tout est bien qui finit bien dans mon cas 🙂
    Et je pene que finalement c’est un peu un rite de passage pour les etudiants non? A l’etranger ou non d’ailleurs. C’est comme ca qu’on apprend a etre plus debrouillard 😉

    20 septembre 2016 at 16:13
    • Reply Ophélie G.

      Je pense que oui, personne n’y échappe malheureusement.. xx

      21 septembre 2016 at 18:23
  • Reply Kenza

    Oh mon dieu. Je pourrais écrire des tartines sur les logements insalubres en Angleterre ou dans les pays anglo-saxons en général, mais je crois que j’en suis capable, ayant toujours un peu de rancoeur et me disant que j’étais trop bête de n’avoir rien vu, de m’être fait avoir. Tu as eu de la « chance » (les guillemets car l’ordi et le préjudice moral) ça aurait pu vraiment dégénérer davantage.

    20 septembre 2016 at 16:52
    • Reply Ophélie G.

      Je ne dirais pas que j’ai eu de la chance pour le coup.. J’espère qu’un jour tu nous raconteras tes mésaventures. Xx

      21 septembre 2016 at 18:26
  • Reply Anaïs

    Mon dieu c’est affreux! Je ne comprends pas comment des gens puissent être des cons pareils. C’est hallucinant! En tout cas tu as/vous avez été bien courageux(se) d’être restée aussi longtemps!
    Il m’es arrivé aussi de vivre dans un logement insalubre, une bien belle histoire avec un proprio tout aussi con que le tiens!

    27 septembre 2016 at 16:17
    • Reply Ophélie G.

      Il y a des cons partout malheureusement.. Si j’avais vraiment été courageuse, je serais partie et j’aurais cherché un autre appart. >< Il faut que tu me racontes ça ! xx

      30 septembre 2016 at 18:46
  • Reply marie

    wow, ta vraiment été malchanceuse ma pauvre !!! C’est une bonne idée ce genre d’article, j prends note 😉

    http://blog.la-pigiste.com/

    11 décembre 2016 at 18:50
    • Reply Ophélie G.

      J’avoue que la chance n’a pas été de mon côté cette année-là.. xx

      12 décembre 2016 at 08:43

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